RELIGION ET GENRE
Publié le 04/11/2024
Extrait du document
«
Il est important d’interroger le fait religieux, les cultures religieuses, sur leur manière de penser
la différence des sexes car nos sociétés sont encore largement héritières de normes et de
valeurs produites par ces cultures
INTRODUCTION
I.
La question socio culturelle de la différence de sexe
A Selon la religion
B Selon notre culture
II.
L'évolution de la question de la différence de sexe
A/ L'interprétation de la religion
B/ L’adaptation de la question de la différence de sexe
CONCLUSION
INTRODUCTION
On ne peut nier la part prise par les traditions religieuses dans l’inégalité entre les sexes.
La
marque d’une culture patriarcale est réelle dans toutes les religions révélées.
On la trouve dans
l’interprétation des grands textes fondateurs, dans la méfiance à l’égard des femmes, dans le
monopole masculin du pouvoir religieux et de l’accès au sacré.
Cette forme de réappropriation d’un héritage longtemps réservé aux hommes de Dieu, cette
relecture critique des textes, sont des phénomènes qui émergent aujourd’hui aussi du côté du
judaïsme et de l’islam.
Ainsi, des femmes musulmanes n’hésitent pas à invoquer des sourates du
Coran pour contrer les déclarations des imams et mollah conservateurs, à faire référence à Fatima,
la femme vaillante, fille du prophète, pour défendre, elles aussi, les droits des femmes.
Elles
bousculent les représentations habituelles et témoignent d’une relation pleine de surprises entre
femmes et religions.
Elles vont à l’encontre de cette conception qui fait des religions, un prétexte
pour des machos de justifier leur idée qui est bien antérieure aux religions ?
C’est dire que les religions ont joué et jouent encore un rôle clé dans l’élaboration et la
reproduction des normes de genre, à savoir le processus de différenciation et de hiérarchisation des
sexes et des sexualités.
Comment le fait religieux, entendu comme un ensemble de convictions, de pratiques individuelles
et collectives caractérisant les sociétés humaines, contribue à entretenir et pérenniser la différence
des sexes dans nos sociétés par l’artefact des normes et des valeurs ?
Nous tenterons de faire une analyse de (I) la question socio culturelle de la différence de sexe sous
le double angle de (A) la religion et de (b) la culture, mais aussi (I) son évolution, à travers (A)
l’interprétation de la religion et (B) de son adaptabilité au regard de la différence des sexes.
I.
La question socio cultuelle de la différence de sexe
A.
Selon la religion
Les trois religions du Livre ont eu longtemps en commun une vision de la femme tentatrice et
dangereuse d’où des obligations, des interdits spécifiques pesant sur elles et une exclusion du
deuxième sexe des lieux du pouvoir religieux.
Aux premiers temps du christianisme, les Pères de
l’Eglise (expression qui traduit bien le caractère patriarcal, au sens propre, de cette tradition) ont
insisté sur la responsabilité d’Eve qui, en désobéissant à Dieu, aurait provoqué la chute de
l’homme (au sens du genre humain) et le début de la difficile condition humaine.
On pourrait
ajouter que c’est aussi le début de l’histoire.
Cette représentation de la faute de la première femme,
transmise au fil des siècles par la tradition orale et écrite et par l’iconographie religieuse du monde
chrétien, a nourri une réelle suspicion à l’égard des femmes, de leur sexualité et même de la
sexualité en général.
Le christianisme, ou du moins la tradition chrétienne telle qu’elle s’est
transmise durant des siècles, a eu très longtemps une vision négative de la sexualité, avec pour
conséquence la valorisation de l’abstinence sexuelle.
Cela s’est traduit par le célibat consacré des
hommes et des femmes de Dieu qui n’a pas d’équivalent dans le judaïsme et l’islam, lequel
valorise au contraire la sexualité humaine.
La méfiance à l’égard des femmes se retrouve aussi
dans les traditions juive et musulmane, avec le motif fréquent de la ruse et de la « tromperie
féminine ».
Cette suspicion entourant le sexe féminin s’est traduite par des obligations comme le
port du voile et des interdits spécifiques, tel l’impossible accès à la gestion du sacré.
Le voile des femmes, mentionné dans la Bible et le Coran, doit cacher la tête et le corps des
femmes, en particulier des femmes mariées, pour les soustraire au regard d’autres hommes que
leur époux.
Ce voile qui est sensé les protéger a aussi pour effet de les séparer, voire de les exclure
dans des sociétés où le code l’honneur est très strict.
En effet, tout écart de conduite (réel ou supposé) d’une femme rejaillit sur le groupe auquel elle
appartient avec comme conséquences terribles, ces crimes d’honneur toujours d’actualité dans le
monde de ce début du XXIe siècle.
Il est cependant bien difficile de démêler ce qui est d’ordre
proprement religieux dans des pratiques comme le crime d’honneur ou le port du voile.
La
composante religieuse a sans doute sa place parmi d’autres éléments d’explication à ces traditions
profondément inscrites dans les usages sociaux.
On peut rappeler que le fait, pour les femmes,
d’avoir la tête couverte en public, a été de règle en Europe jusqu’au XXe siècle.
Il est vrai que
l’obligation a perduré jusque récemment quand il s’agissait, pour une femme, d’entrer dans une
église d’un pays d’Europe du sud.
Cette même obligation demeure aujourd’hui pour l’accès des
femmes aux mosquées.
L'exclusion des femmes des territoires du sacré est un révélateur de la hiérarchie entre les sexes
dans le champ religieux.
Dans les trois religions du Livre, la figure de Dieu, même lorsqu'elle
n’est pas représentée – cas des traditions juive et musulmane – est en réalité masculine.
On parle
de Dieu « père » dans la tradition chrétienne.
Ce sont les hommes qui, au long des siècles, ont eu
la charge des rituels et célébrations, de la conduite des prières, des prêches, de l’administration des
sacrements et de la manipulation des objets sacrés.
On pense aux prêtres du temple de Jérusalem et
aux rabbins de la diaspora juive, au clergé chrétien catholique ou orthodoxe, aux pasteurs
protestants jusqu’aux années 1950-1960, ainsi qu’aux imams et docteurs de la loi en islam.
Parmi
les justifications à ce monopole masculin des fonctions religieuses liées au sacré et à la parole
publique, jusqu'à une période récente, il y a celles qui relevaient du fonctionnement de sociétés où
la hiérarchie entre les sexes allait de soi.
Un autre élément lié à des structures d’ordre
anthropologique peut intervenir : l'idée d’impureté attachée au corps féminin, thématique très
présente dans les traditions juive et musulmane et aussi dans le monde chrétien.
Cette
représentation des femmes comme des êtres « impurs » est partagée par nombre de sociétés
traditionnelles.
Parmi les hypothèses avancées pour tenter de comprendre ce phénomène, il y a celle du regard
masculin mêlant peur et fascination sur ce qui a longtemps été considéré comme un mystère du
corps féminin capable de mettre au monde les enfants y compris l’autre sexe.
Un regard
ambivalent qui a pu provoquer le désir de s’approprier le corps des femmes tout en le considérant
avec méfiance.
Il y a sans doute là une des explications de l’impossible accès des femmes à des
fonctions à caractère sacré, dans nombre de traditions religieuses.
Il se trouve que les prêtres
catholiques et orthodoxes le deviennent par un sacrement à la différence des rabbins juifs, des
imams musulmans ou des pasteurs protestants dont la tâche n'a pas de caractère sacré.
On
comprend alors mieux le refus, toujours actuel, des autorités catholiques romaines ou des Eglises
orthodoxes, à autoriser l’accès des femmes à la prêtrise.
Il y a bien là un verrou qui demeure,
même si d'autres éléments doivent être pris en compte comme celui de l'accès, pour les femmes, à
des responsabilités et des fonctions de pouvoir, un problème plus politique que proprement
religieux.
Dans le cas de la hiérarchie catholique, l'enjeu est celui de la participation des femmes
au gouvernement de l’Eglise.
Le pouvoir religieux a longtemps été et demeure encore souvent un monopole masculin.
Un
phénomène que l’on retrouve dans d’autres domaines, en politique par exemple, jusqu'à une
période très récente.
L’Eglise catholique, dans ses institutions, son organisation, ses lieux de
décision, est demeurée, au fil des siècles, très masculine.
Le clergé catholique était et est encore
un monde d’hommes sans femmes, même si la règle très ancienne du célibat des prêtres ne fut pas
toujours respectée, d'où le rappel à l’ordre du Concile de Trente au XVIe siècle.
Il y a là une
différence importante avec le monde juif et protestant, où les fonctions de rabbin et de pasteur,
exercées elles aussi exclusivement par des hommes jusqu'au milieu du 20e siècle, l’étaient par des
hommes mariés.
Mais là encore, le pouvoir religieux dans la communauté était traditionnellement
affaire d’hommes.
Ce n’est que dans le dernier tiers du XXe siècle que le paysage institutionnel
des Eglises protestantes a connu une réelle féminisation.
Hiérarchie entre les sexes, méfiance à
l’égard des femmes, interdits, absence des lieux de pouvoir, autant d’éléments qui semblent
confirmer la vision très critique du rôle des religions dans les inégalités entre hommes et femmes.
Mais la recherche historique a diversifié ses approches et ses....
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