Toutes les croyances sont-elles des préjugés ?
Extrait du document
«
INTRODUCTION :
Définition des termes et problématisation : Le sujet ne traite pas de la croyance en général mais insiste sur
la pluralité des croyances.
La croyance se différencie du savoir en tant qu'elle n'a pas le même rang d'exactitude ni
de certitude.
En ce sens les croyances se rapprochent des opinions confuses, obscures pouvant difficilement servir
de fondement à la connaissance.
Elles peuvent donc dans ce sens être rapprochées des préjugés, car ceux-ci sont
des idées préconçues n'ayant pas fait l'objet d'un examen préalable avant d'être adoptées et étant donc
susceptibles d'être fausses.
Bien souvent les hommes, ne prenant pas la mesure de leurs préjugés, sont amenés à
des connaissances fausses qu'ils croient vraies.
Pourtant si les préjugés semblent bien être opposés au savoir peuton en dire de même de toutes les croyances ? La croyance ne peut être réduite à un jugement sans valeur, car
sans examen ni critique, elle suppose généralement l'assentiment de la personne, le fait qu'elle soit persuadée par ce
qu'elle croit, qu'elle ait donc une raison de croire.
Si le préjugé est un jugement sans fondement il n'en est donc pas
de même de la croyance qui est un jugement subjectif à propos de quelque chose qui a pour nous de la valeur.
Il
faut préciser ce qu'il faut entendre par « toutes les croyances ».
Les croyances pourront être scientifiques, une
croyance scientifique sera une hypothèse n'ayant pas été démontrée par exemple, croire qu'un phénomène
s'explique d'une certaine manière sans en avoir la preuve.
Quand une hypothèse scientifique est vérifiée elle devient
connaissance vraie, même si ce statut pourra par la suite être modifié, il vaut pour un temps.
Les préjugés peuvent
être condamnés en tant que l'homme aurait pu par un examen approfondi de sa raison s'en libérer.
L'idée étant que
les hommes ont des idées préconçues mais n'ont pas forcément conscience qu'elles sont préconçues, ils jugent
qu'elles peuvent fonder une connaissance ou un jugement alors que cette connaissance ou ce jugement sont
infondés.
Pour ce qui est des croyances ce n'est pas aussi simple dans la mesure où la raison se trouve dans certain
cas impuissante à décider de la vérité ou de la fausseté d'un énoncé par exemple « Dieu existe ».
La croyance
religieuse offre un bon exemple de limitation de la science au profit de la foi dans la mesure où elle ne peut être
démontrée fausse car elle n'est pas du domaine de la démonstration.
Nous dépassons alors le domaine
épistémologique pour entrer dans le domaine pratique où l'individu a le choix de croire ou de ne pas croire selon des
raisons personnelles.
Mais sa croyance ne pourra pas être identifiée à un simple préjugé dans la mesure où elle ne
prétend pas appartenir au domaine de la science et donc fonder une connaissance vraie et d'autre part parce qu'à
cette croyance sont associées des raisons de croire (voir pari de Pascal, nous avons plus à gagner à croire qu'à ne
pas croire) et de la valeur.
Elle n'est pas enfin seulement individuelle mais partagée par toute une communauté ce
qui révèle une objectivité partielle.
Nous étudierons comment les croyances se distinguent des simples préjugés en
tant qu'elles ne sont pas totalement étrangères à la science mais qu'y recourir peut s'avérer fructueux.
Ensuite nous
montrerons comment les croyances religieuses se distinguent des préjugés en tant qu'elles sont collectives.
Enfin il
faudra montrer comment la foi ne s'oppose pas à la raison mais doit en découler, ce qui permettra de lui donner un
fondement rationnel qui manque aux préjugés.
Première partie : les croyances en tant qu'elles peuvent servir la science et ne sont donc pas
réductibles aux préjugés qui doivent, en raison de leur obscurité et du fait qu'ils n'ont pas été examinés,
être rejetés par la science.
1.1 Des raisons de croire.
« La Probabilité est la vraisemblance qu'il y a qu'une chose est véritable, ce terme même désignant une
Proposition pour la confirmation de laquelle il y a des preuves propres à la faire passer ou recevoir pour véritable.
La
manière dont l'Esprit reçoit ces sortes de Propositions, est ce qu'on nomme croyance, assentiment ou opinion ; ce
qui consiste à recevoir une proposition pour véritable sur des preuves qui nous persuadent actuellement de la
recevoir comme véritable, sans que nous ayons une connaissance certaine qu'elle le soit effectivement [...] la
Probabilité étant destinée à suppléer au défaut de notre connaissance, et à nous servir de guide dans les endroits
où la connaissance nous manque, elle roule toujours sur des Propositions que quelques motifs nous portent à
recevoir pour véritables sans que nous connaissions certainement qu'elles le soient.
» LOCKE, Essai sur
l'entendement humain, IV 15.
1.2 Les préjugés sont dus à une absence de réflexion.
« Il arrive que les préjugés soient des jugements provisoires véritables ; c'est seulement le fait qu'ils aient
pour nous valeur de principes ou de jugements déterminants qui est illégitime.
La cause de cette illusion est à
chercher dans le fait que des raisons subjectives sont tenues à tort pour objectives, faute de la réflexion qui doit
précéder tout jugement.
Car même si nous pouvons admettre maintes connaissances, par exemple les propositions
immédiatement certaines, sans les soumettre à examen, autrement dit sans éprouver les conditions de leur vérité,
nous ne pouvons ni ne devons toutefois porter de jugement sur rien sans réfléchir, c-à-d.
sans comparer une
connaissance avec la faculté de connaître d'où elle est censée provenir (la sensibilité ou l'entendement).
» KANT,
Logique.
Transition : Les croyances dans le domaine épistémologique se différencient des préjugés en tant qu'elles
sont accompagnées de vraisemblance et d'examen.
Si les croyances ne peuvent être réduites aux préjugés car elles
sont accompagnées de raisons ne pouvons-nous pas trouver une autre raison de différenciation en prenant le point
de vue des croyances religieuses qui se différencieraient des préjugés en tant qu'elles sont collectives ?
Deuxième partie : Les croyances religieuses sont collectives et c'est pour cette raison qu'elles sont.
»
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