Thomas et la liberté
Extrait du document
«
"L'homme est libre : sans quoi conseils, exhortations, préceptes, interdictions, récompenses et châtiments
seraient vains.
Pour mettre en évidence cette liberté, on doit remarquer que certains êtres agissent sans
discernement, comme la pierre qui tombe, et il en est ainsi de tous les êtres privés du pouvoir de connaître.
D'autres, comme les animaux, agissent par un discernement, mais qui n'est pas libre.
En voyant le loup, la
brebis juge bon de fuir, mais par un discernement naturel et non libre, car ce discernement est l'expression
d'un instinct naturel (...).
Il en va de même pour tout discernement chez les animaux.
Mais l'homme agit par jugement, car c'est par le pouvoir de connaître qu'il estime devoir fuir ou poursuivre
une chose.
Et comme un tel jugement n'est pas l'effet d'un instinct naturel, mais un acte qui procède de la
raison, l'homme agit par un jugement libre qui le rend capable de diversifier son action."
SAINT THOMAS D'AQUIN
I - LES TERMES DU SUJET
Les notions fondamentales de ce texte sont la liberté, la raison, l'instinct.
Etre libre c'est posséder un pouvoir intérieur qui permet de surpasser l'ordre naturel.
La raison est la capacité de connaissance et de formulation d'un choix.
L'instinct, est dans l'usage que Saint Thomas
fait de cette notion classique, aujourd'hui récusée par la science, cette force naturelle qui détermine l'action et la
pensée des êtres chez lesquels il est présent.
II - ANALYSE DU PROBLEME
L'objectif de ce texte est de mettre en lumière le lien entre liberté et réflexion.
Il s'agit pour l'auteur de situer l'homme
par rapport aux autres êtres existant dans la nature.
L'homme possède-t-il une singularité qui le distingue des animaux et l'inscrit dans une sphère supérieure d'existence ?
Ce qui est en jeu à travers la liberté, c'est donc la question de la spécificité de l'être humain au sein de la nature.
Cette identité spécifique de l'homme est-elle fondée sur une faculté qui lui est propre ? La liberté renvoie-t-elle à cette
faculté comme à son fondement ultime ?
Les aboutissements de cette problématique sont essentiels, car si l'homme n'est pas libre, doté d'un pouvoir supérieur,
il faut reconsidérer le sens et la possibilité même de la morale.
III - GRANDES LIGNES DE REFLEXION
La pensée de Saint Thomas se déploie en articulant la problématique morale, celle de l'identité singulière de l'humanité
à la thématique de la connaissance.
Ainsi trois grands champs conceptuels se trouvent reliés et leur connexion ou combinaison constitue le fond sur lequel
s'élabore la thèse de l'auteur.
IV - UNE DEMARCHE POSSIBLE
1 - L'affirmation de la liberté de l'homme
L'auteur pose en hypothèse que l'homme est libre.
La démonstration de cette hypothèse s'effectue selon une double
voie : d'un côté, la différenciation de l'homme et des êtres qui lui sont inférieurs ; de l'autre côté, la mise en relation
de la liberté avec la faculté qui lui sert de base.
Enlever à l'homme sa liberté en tant que propriété ou caractéristique fondamentale, c'est rendre caducs les impératifs
de la morale, priver de sens les sanctions, les récompenses des actions humaines.
En effet, si l'homme n'est pas libre, il ne peut être tenu pour responsable de sa conduite.
Dans ces conditions,
comment le blâmer ou le louer d'une façon justifiée ? Comment l'homme pourrait-il gouverner sa conduite selon des
règles morales s'il ne peut s'extraire des grands déterminismes naturels ?
2 -Les modalités d'action des différents êtres
Les êtres inanimés ne possèdent aucune faculté de jugement.
Ce sont des choses, confinées dans leur immédiateté,
incapables d'émettre le moindre jugement et de déclencher par voie intérieure une réaction à une situation donnée.
Les animaux se situent à un degré plus élevé dans cette hiérarchie qui mène à l'humanité.
ils sont dotés d'une capacité.
»
↓↓↓ APERÇU DU DOCUMENT ↓↓↓
Liens utiles
- Thomas d'Aquin: La liberté s'acquiert-elle ?
- Liberté de manchot - Augustin
- « La liberté consiste à faire ce que chacun désire» Mill
- SAINT THOMAS D'AQUIN (1228-1274) La Somme théologique, Tome 1, question 83
- L’Arabie Saoudite et la liberté d’expression: peut-on parler de liberté?