Quelle est la différence entre la volonté et le désir ?
Extrait du document
«
Désirer et vouloir ne sont pas des termes synonymes.
On peut désirer sans vouloir, c'est-à-dire se représenter In
possession d'un certain objet comme une chose agréable, en jouir d'avance par la pensée.
Vouloir, c'est sans doute
désirer ; nais c'est faire effort pour réaliser son désir, pour conquérir l'objet qui nous apparaît comme un bien.
Désirer ne nous coûte pas ; vouloir exige un certain déploiement d'énergie.
Il ne faudrait pas croire pourtant que la volonté est une sorte de pouvoir absolu, indépendant des idées et des
sentiments qui nous sollicitent dans un sens ou dans l'autre.
N'oublions pas que les idées sont des forces qui se disputent le champ de la conscience.
La volonté n'est pas autre
chose que l'attention intervenant dans ce conflit des mobiles.
Tout son pouvoir consiste à opposer une
représentation à une autre, à maintenir dans la conscience une idée contre l'assaut des idées antagonistes, afin de
lui permettre de développer tous ses effets moteurs.
Nous sommes maîtres de nos actes dans la mesure où nous
sommes maîtres de nos idées.
Ainsi s'explique que nous avons souvent conscience « d'aller dans le sen de la plus
grande résistance ».
Il faut un vigoureux effort de l'attention pour implanter dans l'âme une idée qui n'est pas
toujours la plus séduisante, qui a plutôt pour elle la raison que le coeur, qui exige même des sacrifices pénibles.
La volonté est donc ce pouvoir que possède une conscience attentive de se modifier elle-même en surveillant le jeu
de ses représentations et en réglant la force de ses tendances.
La volonté étant ainsi définie s'oppose, sous certains points de vue, au désir.
Aristote a indiqué une différence qui mérite d'être retenue.
« Nous désirons même les choses impossibles, mais nous
ne saurions les vouloir ».
Le désir est souvent chimérique ; il se contente d'une possibilité illusoire, il aspire même à
ce qui ne dépend pas de la volonté humaine.
La volonté, au contraire, est prudente, réfléchie, pratique.
Elle implique
une croyance ferme à la possibilité de l'acte.
Le désir, disait encore Aristote, porte sur la fin, la volonté sur lés moyens.
Cette distinction découle de la
précédente.
Le désir va tout de suite à son but.
Vouloir, c'est prendre les moyens d'arriver à la fin désirée.
Maine de Biran nous fournit une autre distinction importante.
La volonté est accompagnée d'un sentiment très net
de la personnalité.
Vouloir, c'est se posséder.
Désirer, c'est s'abandonner à l'attrait d'une chose que l'imagination nous représente comme agréable.
Aussi dans le
premier cas, avons-nous, le sentiment d'une victoire; tandis que dans le second, nous avons souvent conscience
d'une abdication ou d'une défaite.
« Vaincre et dompter, dit William James, sont des verbes actifs, dont n'usent pas
les fainéants, les ivrognes et les poltrons quand ils se racontent ; on ne les entend pas parler de victoires
remportées sur leur activité, sur leur sobriété, sur leur courage ».
De là dérivent d'autres différences secondaires.
Le désir consistant dans la complaisance à certaines images, il peut
varier et se prolonger; tandis que la volonté impliquant un effort énergique de l'attention paraît prendre nettement
son parti.
Plusieurs désirs, même parfois contradictoires, peuvent coexister dans la conscience ; au lieu que la
volition paraît une, ce qui revient à dire que l'attention choisit, accueille tel motif, repousse tel autre, et c'est ce
que les psychologues appellent décision.
Quoique désirer et vouloir soient deux choses différentes (et si elles ne l'étaient pas, il n'y aurait plus ni liberté, ni
responsabilité), il n'en est pas moins vrai que le désir intervient dans les actions volontaires.
L'idée pure est peu
agissante ; pour que l'idée devienne motrice, il faut qu'elle retentisse dans la sensibilité, qu'elle mette en jeu les
tendances.
La connaissance du Bien serait peu efficace s'il ne s'y ajoutait l'amour ou le désir du bien.
Il y a quelque
chose de vrai dans l'allégorie de l'attelage imaginée par Platon : le cheval noir, qui par ses incartades risque à
chaque instant de faire verser le char, symbolise les inclinations basses et les désirs mauvais ; le cheval blanc,
docile à la voix du maître, représente les inclinations nobles ; et c'est grâce à son aide que le cocher, c'est-à-dire la
raison, peut opposer une résistance aux écarts du coursier rebelle.
Pareillement, pour résister aux séductions des
images tentatrices, il ne reste d'autres ressources à la volonté, c'est-à-dire à l'attention, que d'opposer en quelque
sorte la sensibilité à elle-même en transformant en désirs les idées de la raison, en mettant la passion au service du
vrai et du bien.
Sans cet élan généreux la notion du devoir risque de demeurer abstraite, froide, inefficace.
Aussi
voyons-nous que les héros de la moralité ont presque tous une nature ardente, une volonté échauffée par l'amour.
C'est peut-être une erreur de la psychologie contemporaine de trop croire à la toute puissance des idées.
Telles sont les différences et les rapports de la volition et du désir.
La psychologie de la volonté, on le voit, semble
plutôt favorable à la liberté humaine.
Nous sommes libres s'il dépend de nous de maintenir dans notre conscience
contre les impulsions aveugles de la sensibilité l'idée que suggère la raison et qui émeut ce qu'il y a de plus noble en
nous.
Il apparaît bien quo ce pouvoir réside dans l'attention, qui est, comme le dit William James, l'acte fondamental
de la volonté..
»
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