Pouvons-nous connaître sans interpréter ?
Extrait du document
«
VOCABULAIRE:
SANS: A l'exclusion de, exprime l'absence.
CONNAÎTRE / CONNAISSANCE: 1.
— Être familier de quelqu'un ou quelque chose.
2.
— Discerner, distinguer
quelque chose : « Le premier et le moindre degré de connaissance, c'est d'apercevoir » (CONDILLAC) 3.
— Posséder
une représentation de quelque chose, en part.
une représentation exacte.
4.
— Connaissance: a) Acte par lequel un
sujet s'efforce de saisir de saisir et de se représenter les objets qui se présentent à lui.
b) Résultat de cet acte.
Interprétation
Interpréter, c'est donner une signification à un phénomène.
L'interprétation est un des moments fondamentaux de la
compréhension.
On ne saurait sous-estimer l'importance de la rupture opérée par les sciences modernes dans nos conceptions du
monde.
Désormais, la vérité de ce monde nous est communiquée dans un langage artificiel les mathématiques.
Ce
langage a-t-il du sens? À moins que ce soit le monde lui-même qui n'en ait plus : pour maîtriser le monde, n'a-t-on
pas dû cesser de lui chercher un sens?
1.
La vérité révélée
La vérité révélée délivre un message dont le sens s'impose immédiatement, comme le montre l'exemple de la
conversion de saint Augustin.
«Je disais et je pleurais dans toute l'amertume d'un coeur brisé.
Et tout à coup j'entends sortir d'une maison voisine
comme une voix d'enfant ou de jeune fille qui chantait et répétait souvent: "PRENDS, LIS ! PRENDS, LIS ! " Et
aussitôt, changeant de visage, je cherchai sérieusement à me rappeler si c'était un refrain en usage dans quelque
jeu d'enfant; et rien de tel ne me revint à la mémoire.
Je réprimai l'essor de mes larmes, et je me levai, et ne vis plus
là qu'un ordre divin d'ouvrir le livre de l'Apôtre, et de lire le premier chapitre venu.
Je savais qu'Antoine, survenant,
un jour, à la lecture de l'Évangile, avait saisi, comme adressées à lui-même, ces paroles : "Va, vends ce que tu as,
donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel; viens, suis-moi (Matthieu XIX, 21)" et qu'un tel oracle
l'avait aussitôt converti à vous.
Je revins vite à la place où Alypius était assis; car, en me levant, j'y avais laissé le livre de l'Apôtre.
Je le pris,
l'ouvris, et lus en silence le premier chapitre où se jetèrent mes yeux: "Ne vivez pas dans les festins, dans les
débauches, ni dans les voluptés impudiques, ni en conteste, ni en jalousie; mais revêtez-vous de Notre Seigneur
Jésus-Christ, et ne cherchez pas à flatter votre chair dans ses désirs." Je ne voulus pas, je n'eus pas besoin d'en
lire davantage.
Ces lignes à peine achevées, il se répandit dans mon coeur comme une lumière de sécurité qui
dissipa les ténèbres de mon incertitude.
» Saint Augustin, Confessions (396-397 ap.
J.-C.), VIII, 12.
2.
Les abus d'interprétation
L'interprétation biblique donne lieu à de nombreux abus.
Il faut donc se
donner une méthode pour interpréter correctement les textes sacrés.
Pour
Spinoza, cette méthode est semblable à celle que l'on applique à la
connaissance de la nature.
« Pour nous, si nous voulons nous séparer de cette foule agitée des
théologiens vulgaires, et, délivrant notre âme de leurs vains préjugés, ne pas
nous exposer à confondre des opinions tout humaines avec les enseignements
divins, nous devons nous tracer pour l'interprétation des livres saints une
méthode sûre, sans laquelle toute connaissance certaine de la pensée du
Saint-Esprit est évidemment impossible.
Or, pour caractériser d'avance notre
pensée en peu de mots, nous croyons que cette méthode pour interpréter
sûrement la Bible, loin d'être différente de la méthode qui sert à interpréter la
nature, lui est au contraire parfaitement conforme.
Quel est en effet l'esprit
de la méthode d'interprétation de la nature? Elle consiste à tracer avant tout
une histoire fidèle de ses phénomènes,
pour aboutir ensuite, en partant de ces données certaines, à d'exactes
définitions des choses naturelles.
Or c'est exactement le même procédé qui
convient à la sainte Écriture.
Il faut premièrement en faire une histoire fidèle, et se former ainsi un fonds de données
et de principes bien assurés, d'où l'on déduira plus tard la vraie pensée des auteurs de l'Écriture par une suite de
conséquences légitimes.
Quiconque pratiquera cette méthode, pourvu qu'il ne se serve dans l'interprétation de
l'Écriture d'autres données ni d'autres principes que ceux qui sont contenus dans son histoire, est parfaitement
certain de se mettre à l'abri de toute erreur, et de pouvoir discuter sur des objets qui passent la portée humaine
avec la même sécurité que sur les choses qui sont du ressort de la raison.
» Spinoza, Traité théologico politique
(1670), VII.
• L'interprétation se situe entre deux modes de pensée qui la considèrent comme une non-connaissance: d'un côté
la croyance en un sens «littéral», en une vérité révélée par Dieu qui n'a pas besoin d'une interprétation par les.
»
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