L'opinion est-elle toujours fautive?
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Définition des termes du sujet
Dans le langage courant, une opinion est un avis, peut-être rapide et insuffisamment fondé d'ailleurs, sur un sujet
donné.
C'est donc une position que l'on tient sans forcément y avoir vraiment réfléchi, que l'on tire par exemple
spontanément du système de valeurs dans lequel on a l'habitude d'évoluer.
La philosophie accentue cette
compréhension assez péjorative de l'opinion : l'opinion est en effet définie par elle comme un jugement sans
fondement, et elle est dénoncée, souvent violemment, parce qu'elle se donne les apparences d'un savoir sans en
avoir la solidité.
Un sens plus restreint de l'opinion est envisageable : l'opinion peut en effet se comprendre comme
l' « opinion publique », c'est-à-dire comme le jugement exprimé, à nouveau peut-être sans fondement rationnel
valable, par la majorité d'une communauté.
Mais ce n'est peut-être pas parce que le jugement qu'est l'opinion est
hâtivement émis qu'il se trompe toujours et nécessairement : c'est justement sur ce point que porte le sujet,
puisque l'on définit comme fautif ce qui relève de l'erreur de jugement.
L'emploi de l'adverbe « toujours » dans la
formulation du sujet appelle une réponse assez tranchée : ou bien l'opinion est toujours fautive, ou bien elle ne l'est
jamais, ou bien, et c'est là que réside peut-être le centre de gravité du sujet, il est possible de définir des
circonstances, ou des conditions, auxquelles l'opinion n'est pas fautive en dépit de son rapport assez hasardeux
avec la vérité.
Le sujet demande donc de mettre en rapport deux concepts, celui d'opinion, et, de manière implicite, celui de vérité,
et de mesurer la pertinence de ce rapport, ou encore de le faire varier en faisant varier également les circonstances
sous lesquelles il apparaît.
De cette manière, on pourra décider si opinion et vérité sont par essence et
inconditionnellement incompatibles, et choisir entre une position ferme, qui consisterait à répondre par l'affirmative à
la question de cette incompatibilité, et une position plus nuancée, qui tiendrait compte de la valeur des contenus
d'opinion, qui peuvent peut-être toucher la vérité – restera alors à mesurer la valeur de cette manière qu'a l'opinion
de toucher la vérité : ne le fait-elle que par chance, par accident, ou a-t-on au contraire quelque chose de vrai à
apprendre de l'opinion ?
Eléments pour le développement
1° L'opinion comme jugement hâtif et infondé – Bachelard et le refus catégorique de l'opinion
Une première piste peut mener à appuyer le présupposé contenu dans le sujet, qui est que l'opinion est toujours
fautive.
Pour Bachelard ainsi, l'opinion n'a aucune capacité en matière de pensée et ne peut absolument pas
prétendre atteindre la vérité, puisqu'elle ne fait que « [traduire] des besoins en connaissances ».
Il développe ce
point dans La formation de l'esprit scientifique.
Ce qui pose problème dans l'opinion, ce sont les conditions dans lesquelles elle apparaît : ce ne sont en effet pas
des conditions où l'on recherche la vérité, mais où l'on a besoin de prendre position rapidement sans se soucier de
savoir si ce que l'on va affirmer est juste ou non.
Les résultats auxquels on peut parvenir par ce biais ne sont jamais
valables.
L'OPINION ET LA SCIENCE
"L'opinion a, en droit, toujours tort." Bachelard, La Formation de l'esprit
scientifique, 1938.
La science n'a rien de commun avec l'opinion, l'accord entre la science et
l'opinion ne peut porter que sur une question de détail car la science construit
une vision du monde totalement fondée sur des principes rationnels.
L'opinion
est surgissement spontané d'idée ; elle n'est pas le résultat d'un processus
conscient de réflexion.
C'est la conscience spontanée qui a des opinions,
seule la conscience réfléchie peut passer de l'opinion à la connaissance.
2° L'opinion comme jugement immédiat pouvant accidentellement
atteindre la vérité – Platon et l'opinion comme « connaissance
empirique et inférieure »
Dans le Ménon, Platon opère une distinction entre opinion, opinion droite
et connaissance.
L'opinion et l'opinion vraie existent en fonction du même
processus, qui est celui qui consiste à émettre un jugement insuffisamment
fondé sur un sujet.
La simple opinion n'a pas de valeur de justesse, au
contraire de l'opinion droite, qui, elle, tombe juste, mais par accident, et sans pouvoir expliquer pourquoi elle est
juste.
La connaissance, au contraire, est une affirmation vraie pouvant rendre compte de sa propre vérité.
Avec
Platon, on peut proposer une réponse franche au sujet - non, l'opinion n'est pas toujours fautive – mais on est
toujours encouragé à porter le soupçon sur la valeur de vérité de l'opinion, valeur qui est rencontrée par hasard et
pas construite..
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