Le temps est-il en nous ou hors de nous ?
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«
introduction
« Qu'est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais ; mais si on me le demande et que je
veuille l'expliquer, je ne le sais plus » (saint Augustin).
Ce que je sais, c'est que je me sens durer et que je saisis les
phénomènes comme s'ordonnant dans une succession irréversible.
Mais ce temps a-t-il une réalité hors de ma
représentation ? Le temps est-il dans les choses, a-t-il une réalité objective, ou n'est-il qu'une forme subjective que
je projette dans les impressions de ma sensibilité ? Le temps est-il en nous ou hors de nous ?
Première partie : Le temps est hors de nous
• Pour saint Augustin, le temps a une réalité objective : le temps est l'œuvre de Dieu, qui lui, est hors du temps.
Le
temps est corrélatif à la création du monde.
Dieu est dans l'éternité, le monde dans le temps.
Saint Augustin
prolonge ainsi la conception platonicienne du temps qui faisait de ce dernier une image de l'éternité.
Cf.
Timée, 37 e
: « l'auteur du Monde s'est préoccupé de fabriquer une certaine imitation
mobile de l'éternité, et, tout en organisant le Ciel, il a fait, de l'éternité immobile et une, cette image éternelle qui
progresse
suivant les lois des Nombres, cette chose que nous appelons le Temps ».
Ainsi le temps est-il une réalité qui n'est
pas subordonnée au monde physique, mais qui constitue un milieu dans lequel passent les choses.
Ce milieu, les
néoplatoniciens, comme Plotin, l'identifieront au mouvement de
l'Ame du monde qui enveloppe l'univers.
• Aristote et le temps comme mesure du mouvement.
a) Le temps est inséparable du mouvement.
Pour le percevoir il est nécessaire
de percevoir du changement.
Mais comme il n'est pas le mouvement, il est «
quelque chose du mouvement » (Physique, 219 a).
Lié à l'étendue par
l'intermédiaire du mouvement il est caractérisé par « l'antérieur et le
postérieur ».
En distinguant ces derniers nous distinguons des phases dans le
mouvement, nous le déterminons en enfermant un intervalle entre des
instants.
Ainsi le temps n'est-il rien d'autre que le mouvement déterminé par
des instants.
« Voici en effet ce qu'est le temps : le nombre du mouvement
selon l'antérieur-postérieur » (id.
219 b).
b) Mais, dès lors, Aristote se pose «
la question embarrassante de savoir si, dans l'âme, le temps existerait ou non
; car, s'il ne peut y avoir rien qui nombre, il n'y aura rien de nombrable, par
suite pas de nombre ; car est nombre ou le nombre ou le nombrable.
Mais si
rien ne peut par nature compter que l'âme, et dans l'âme, l'intelligence, il ne
peut y avoir de temps sans l'âme, sauf pour ce qui est du sujet du temps,
comme si par exemple on disait que le mouvement peut être sans l'âme » (id.
223 a).
Ainsi, sans que l'on soit véritablement en présence d'une théorie
subjectiviste du temps (puisqu'il place le temps dans un sujet qu'il conçoit
comme réel et qui est le mouvement) Aristote fait-il un pas dans cette
direction.
C'est ce qu'avait observé Plotin qui proteste : « Et puis pourquoi le
temps n'existerait-il pas avant qu'il y ait une pensée qui le mesure à moins
qu'on aille dire qu'il est engendré par la pensée ? » (Ennéades, III, 9).
C'est en effet ce que dira d'une certaine
manière Kant.
• La conception aristotélicienne du temps prévalut jusqu'au xviie siècle.
Newton fera du temps un attribut divin en
posant un temps absolu s'écoulant uniformément, et Leibniz affirmera que : « le temps et l'espace sont de la nature
des vérités éternelles qui regardent également le possible et l'existant.
» (Nouveaux essais, XIV, 26).
Ainsi le temps
est-il bien hors de nous.
Deuxième partie : Kant et le temps comme forme a priori de la sensibilité
1) « Le temps n'est pas un concept empirique qui dérive d'une expérience quelconque.
» Nous ne pourrions en effet
percevoir les rapports temporels de simultanéité ou de succession si nous n'avions pas une représentation a priori du
temps.
Cette représentation ne peut donc être tirée de l'expérience..
»
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