Le sujet se suffit-il à lui même ou bien ai je besoin des autres pour être moi ?
Extrait du document
«
Introduction
Le rapport immédiat à nous-mêmes et au monde nous donne l'impression d'être des sujets autonomes et
indépendants les uns des autres qui ensuite seulement, une fois leur personnalité constituée, vont à la rencontre
des autres.
Le rapport à autrui se présente donc comme un rapport secondaire et contingent.
Nous sommes d'abord
nous-mêmes, et ensuite seulement nous rencontrons d'autres personnes.
Cette impression vient sans doute du fait
que nous sommes en permanence avec nous-mêmes et nous-mêmes, tandis que les autres vont et viennent dans
nos vies.
Pourtant, l'expérience de la solitude radicale, qu'elle soit celle du prisonnier, du naufragé sur son île ou tout
simplement de la solitude qui nous guette à certains moments de notre vie nous fait voir à quel point les autres
jouent un rôle fondamental dans la perception que l'on a de soi et même dans la constitution de notre identité.
La
fréquentation d'autres êtres humains semble en effet être indispensable à notre santé mentale, mais aussi à notre
enrichissement.
Sommes-nous donc si autosuffisant que nous le croyons ? Pourtant, cette présence des autres
n'est pas toujours si bien accueillie.
Nous ressentons tous parfois le besoin d'être seul, de ne pas être envahis et
d'avoir un temps et un espace à soi.
L'expression devenue courante selon laquelle il est bon de « se retrouver » par
la solitude tend au contraire à nous montrer que la présence des autres peut nous gêner.
Autrui est-il celui qui me
permet d'être moi, ou au contraire ce qui me détourne de moi-même et m'empêche d'être pleinement moi-même ?
I.
A.
Autrui, cet autre moi-même
Descartes est le premier philosophe à s'être intéressé de près au sujet qu'il définit dans les Méditations
métaphysiques comme une « substance pensante ».
Le sujet est donc
découvert et assuré par le cogito, il représente ce point fixe et assuré
qui permet de sortir du doute.
Le sujet est donc découvert par la
seule force de la pensée, puisqu'on ne saurait penser quoique ce soit,
même l'erreur, le doute et la fausseté de toutes nos autres idées sans
penser que l'on est.
Le cogito pose le sujet comme point de départ de
la réflexion métaphysique : c'est la seule chose que je ne puisse pas
ne pas penser sans me contredire.
B.
Dans cette perspective, autrui est toujours secondaire.
Il n'est pas
ce qui nous permet de nous découvrir nous-mêmes, mais au contraire
ce que je puis penser parce que je pense déjà le « moi ».
Autrui, c'est
un autre sujet qui peut dire moi, sans être moi.
Il est donc défini par
rapport à moi, son altérité n'est que seconde.
Aussi l'existence d'autrui
est-elle moins assurée que la mienne, comme le montre Descartes en
disant qu'en regardant par la fenêtre, on prétend voir d'autres
personnes, là où l'on ne voit que des chapeaux et des manteaux.
Qu'est-ce qui me garantit que ce sont bien des hommes ? je vois des
manteaux ou des chapeaux, et je juge que ce sont des hommes,
comme moi.
Le sujet est donc autosuffisant, et ce n'est que par une
analogie que je peux connaitre autrui.
C.
C'est Merleau-Ponty qui montrera le plus clairement l'insuffisance de
cette analogie.
Pour penser autrui, je ne pars pas de moi-même pour
construire une analogie, cette analogie n'est au contraire possible que
parce que je vois primitivement en autrui un autre moi.
Dans Sens et
non sens, il montre que les sentiments tels que la haine, l'amour, la
crainte ne sont pas des sentiments enfermés dans notre intériorité, qui
seraient cachés (c'est ce que sous-entend Descartes lorsqu'il dit : je
vois des manteaux, je juge que ce sont des hommes), mais ce sont au
contraire des attitudes visibles.
« il faut dire qu'autrui m'est donné
avec évidence comme comportement »
Transition : autrui ne peut donc être pensé uniquement par analogie avec un
sujet strictement posé.
Il n'est pas second, ni dérivé de la conception du
« moi ».
Au contraire, il est immédiatement reconnaissable comme un autre
moi.
Mais joue-t-il pour autant un rôle essentiel dans la compréhension que
j'ai de moi-même, dans la constitution du sujet ?
II.
Le rôle joué par autrui dans la constitution du sujet est
essentiel
A.
Dans Le stade du miroir dans la formation du Je Lacan montre combien autrui joue un rôle important dans.
»
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