L'art est-il réservé à une élite ?
Extrait du document
«
Le talent est la capacité d'un individu à réaliser avec aisance et maitrise des activités diverses.
On parle en effet de talent dans les
domaines les plus hétérogènes : talent artistique, bien sûr, mais aussi talent dans le sport, talent dans le jeu… Il y a talent partout où il y
a activité humaine.
Le concept de talent pose néanmoins un problème en ce qui concerne son origine : cette faculté humaine est elle le
propre de certains individus, qui possèdent une aisance particulière et un sens aigu de certaines activités naturellement ? Ou le talent est
il une faculté qui s'acquiert, une aisance qui est le résultat d'une longue pratique ?
Est réservé ce qui appartient en propre à quelqu'un, exclusivement à tous les autres.
Une élite est un groupe social privilégié, qui occupe une position dominante dans le champ auquel elle appartient.
On parle en effet d'une
élite dans tous les domaines où il y a des hommes : élite intellectuelle, sportive… Mais dans le sens le plus large, l'élite est le groupe
social qui domine la société dans son ensemble, en fonction de critères qui la distingue du commun des mortels : critères culturels et
financiers, essentiellement.
A priori, il n'y a pas lieu de penser que le talent est réservé aux élites : si le talent est une capacité naturelle, il peut distinguer n'importe
quel individu, quel que soit son groupe social.
Cependant, si nous pensons que le talent est plus acquis qu'inné, nous dirons que le talent
est réservé à une élite.
Enfin, nous nous demanderons si le talent, loin d'être réservé à une élite, n'est pas le critère définitoire de celles
ci.
I.
Le talent – faculté innée- n'est pas réservé aux élites.
a.
Le talent est il une faculté innée ?
Le talent ne désigne pas une faculté déterminée, mais la capacité à pratiquer une activité avec aisance et maitrise.
Nous pouvons nous
interroger sur l'origine de cette faculté : est-elle innée, c'est-à-dire une capacité dont l'individu hérite avec l'existence même ? Ou est elle
acquise, c'est-à-dire le résultat d'un labeur qui permet l'aisance et la maitrise dont nous parlions, et qui passe, à torts, pour innée à ceux
qui n'ont pas eu l'énergie suffisante pour l'acquérir ? Nous dirons que le talent est une faculté innée, car il semble que nous fassions une
erreur d'interprétation en le définissant autrement : nous parlons en effet volontiers de talent quand quelqu'un découvre soudain une
grande habilité ; nous dirons plutôt qu'il est expérimenté quand son habilité est le fruit d'une longue étude.
b.
Le talent n'est pas le propre des élites sociales
Sur la base de cette définition, nous dirons que le talent n'est pas le propre des élites sociales.
En effet, s'il est une faculté innée, il n'a
que faire de l'origine social de celui qui l'obtient.
On se le représentera plus justement sur le modèle du poème en prose de Baudelaire
intitulé « Le don des fées » : il est acquisition gratuite, immotivée, hasardeuse, d'une faculté exceptionnelle.
Pensons à des exemples
d'individus talentueux étrangers aux élites : Jean Genet, « le véritable génie littéraire français » (d'après le membre éminent de l'élite
intellectuelle qu'était Sartre, dans son ouvrage Saint Genest, comédien et martyr) issu de la marginalité la plus sordide.
II.
Le talent –faculté acquise- est réservé aux élites
a.
Les élites, milieu social favorable à l'émergence du talent
Cependant, nous dirons que cette définition du talent est insatisfaisante, dans la mesure où le talent semble le résultat d'un travail, d'un
apprentissage, d'une longue pratique qui donne la maitrise parfaite de cette activité, avec une spontanéité qui semble innée, alors qu'elle
est le fruit d'un long labeur.
Par conséquent, nous dirons que le talent est réservé, non pas exclusivement, mais du moins avec un
avantage certain, aux élites sociales.
En effet, un milieu social aisé permet la découverte du talent chez l'enfant, notamment artistique, et
donne les capacités matérielles de le développer.
Le talent est réservé aux élites, car elles le connaissent, le respectent en raison de la
supériorité de leur formation intellectuelle, et sont à même de le faire épanouir.
b.
La critique Nietzschéenne du talent, faculté acquise
Mais nous pouvons critiquer la notion de talent inné en un autre sens.
En effet, Nietzche montre bien
que les hommes ne prétendent que le talent est inné, naturel, que pour se dispenser de fournir le
travail à même de le faire surgir, pour ne pas reconnaître qu'il leur a manqué l'énergie pour le faire
naitre et fructifier, et excuser leur propre médiocrité.
On ne se sent pas rabaissé par une supériorité
que la nature nous a refusée ; mais on prend conscience de son infériorité quand on accepte l'idée que
le talent nous était accessible au prix d'un labeur plus grand que celui que nous étions capables de
fournir.
Le talent ainsi entendu parait réservé aux élites, car celles-ci ont les moyens sociaux et
financiers de soutenir l'effort immense nécessaire à l'émergence du talent.
III.
a.
Le talent est un critère définitoire des élites
Le talent, un mélange indéterminé entre l'inné et l'acquis
Cependant, nous ne pouvons pas refuse de voir que le talent parait relever de l'inné aussi bien de
l'acquis.
Les deux manières dont nous l'avons entendu sont plutôt compatibles que concurrentes.
Le
talent doit sans doute s'entendre comme une prédisposition naturelle que seul le travail fait passer de
la puissance à l'acte.
b.
Le talent est, ou devrait être, à l'origine de la définition des élites
Par conséquent, si le talent est ce mélange indéterminé en termes de proportions entre l'inné et
l'acquis, nous dirons que c'est le talent qui est à l'origine de la définition des élites.
Il ne leur est pas réservé, car elles ne peuvent
maitriser la distribution hasardeuse par la nature de facultés exceptionnelles.
En définitive, c'est le talent des individus qui les fait accéder
– au moins idéalement, dans une situation de concurrence où le mérite est le seul critère de partage- aux positions dominantes de
l'espace social, ou aux positions dominantes dans les sous champs qui partagent l'espace social (élite artistique, sportive, politique…).
Conclusion :
Toute notre réflexion s'est organisée autour de la définition du talent : inné, il ne peut être réservé aux élites, il est un don hasardeux qui
peut être fait à tous.
Acquis, les élites sociales paraissent le milieu le plus favorable à la reconnaissance et au développement du talent.
Mais si le talent est une faculté acquise sur la base d'une disposition naturelle particulièrement favorable, alors le talent n'est pas réservé
aux élites, mais le critère définitoire de ces dernières..
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