L'apprentissage de la liberté peut-il se faire sans contrainte ?
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«
Introduction :
La liberté peut se définir comme l'absence de contrainte.
Dans ce sens, tout ce qui contraint le sujet est aliénation,
la société est aliénation de l'individu aux autres, le principe de réalité contraint, il marque notre servitude.
Triste
liberté qui est heurtée par les hommes et le monde !
Mais on peut aussi définir la liberté comme la puissance, c'est à dire les possibilités du sujet, ses capacités à nouer
des liens avec les autres et avec le monde.
Cette liberté n'est pas donnée, elle s'acquiert dans l'éducation.
Le petit
d'homme ne naît pas libre, il est nu et en proie à tous les dangers, ce n'est qu'à travers le monde humain et
l'éducation qu'il se libère.
L'éducation , l'apprentissage de la culture est donc en même temps l'apprentissage de la
liberté.
Mais l'éducation passe par la contrainte, elle heurte les pulsions naturelles pour les plier aux conduites communes.
Celui qui est contraint est il encore libre ? N'est ce pas diminuer la puissance singulière de l'individu que de le
soumettre à la loi générale ?
Problématique :
Si la liberté s'apprend, ne consiste-t-elle pas à apprendre à être soi même plutôt que de se contraindre à être
comme les autres ?
I : La liberté s'apprend.
1)
L'homme naît esclave de la nature, c'est l'apprentissage de la culture qui le libère.
Dans le langage de
Hegel, on dira que celui qui en reste au stade de la nature est prisonnier de l'en soi, il s'élève au pour soi par
la médiation de formes symboliques telles que le langage, les images…Arrivé au pour soi, il s'est émancipé de
la nature, il est libre.
2)
L'homme a toujours besoin d'un maître.
L'homme est culture, il conquiert son humanité et sa liberté grâce
à l'apprentissage de la culture.
Il doit donc se confronter à un maître et se soumettre à lui.
3)
L'éducation passe par la contrainte.
L'apprentissage de la culture suppose le travail et l'effort, une
contrainte de l'en soi par le pour soi.
Cette contrainte est une négation de soi que Hegel nomme « travail du
négatif » qui permet de se transformer, de se dépasser en allant contre son état présent.
II : Contraindre ou développer ?
1)
Deux conceptions de l'éducation : traditionaliste et libérale.
L'éducation traditionalistes a une conception
métaphysique de la règle : la règle est transcendante et tout le monde doit s'y soumettre.
L'éducation
libérale ou humaniste ne pense pas qu'il y ait de règle transcendante à l'homme, son principe est de
développer les possibilités présentes en chacun et de s'adapter à chaque élève plutôt que de contraindre
tout le monde à la même règle.
2)
Principe de l'éducation libérale : développer les talents.
C'est une éducation qui croit aux talents
personnelle et à la valeur singulière de chaque personne.
La liberté se conquiert alors dans le développement
personnel et non dans l'aliénation à un maître.
3)
Principe de l'éducation traditionaliste : contraindre.
La culture passant par des formes communes,
l'éducation traditionaliste loge tout le monde à la même enseigne et chacun est contraint à apprendre la
forme commune.
Ces « formes communes » sont multiples et variées : elles vont de la position du corps que
tente de maîtriser toute discipline aux règles de grammaire ou d'algèbre qui sont les mêmes pour tous.
III : Forme et liberté.
1)
Formes et conformisme.
Ces formes communes de la culture constituent le conformisme élémentaire qui
soude le lien social.
On peut reprocher à l'éducation d'aliéner l'en soi, mais l'homme n'est pas homme sans
culture.
Seul l'apprentissage et la confrontation aux formes de la culture permet de les dépasser, de les
critiquer ou de les accepter.
De ce fait la liberté passe toujours par la contrainte.
2)
La liberté consiste-t-elle à se distinguer ? Etre libre est-ce être un individu totalement distinct des
autres ? Dans ce cas la liberté consistera à s'émanciper de toutes les formes communes, ce qui ne se fera
pas sans contrainte.
Mais la liberté considérée comme accomplissement de sa propre nature peut aussi
passer par la communauté humaine : en tant que l'homme appartient à une espèce et qu'il est culture,
chaque individu n'est pas séparé du reste de l'humanité comme les atomes le sont les uns des autres.
Dans
ce sens, la liberté se réalise dans la culture.
3)
Les créateurs de formes.
Le Génie nous dit Kant, invente des règles que suivent les autres artistes.
Le
héros nous dit Bergson, invente une conduite que les autres suivent comme une morale.
Cela nous montre
que la liberté peut consister à inventer des formes communes.
Conclusion :
L'apprentissage de la liberté passe toujours par la contrainte..
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