La valorisation du temps libre conduit-elle à une nouvelle conception du travail ?
Extrait du document
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Définition des termes du sujet:
TEMPS: Milieu indéfini et homogène, analogue à l'espace, dans lequel se déroulent les événements.
Temps objectif: Mouvement continu et irréversible (« flèche du temps ») par lequel le présent rejoint le passé.
Temps subjectif: Sentiment intérieur de la temporalité, telle qu'elle est vécue par le sujet (synonyme : durée).
TRAVAIL: Du latin populaire tripalium, «machine à trois pieux » destinée à immobiliser les chevaux pour les ferrer,
d'où « instrument de torture ».
Toute activité visant à la production d'une oeuvre utile.
Spécialement, ensemble des activités accomplies par
l'homme pour produire des biens et des services en contrepartie desquels il est rémunéré.
• Le travail est souvent associe a la peine et a la souffrance.
Dans la Bible d'ailleurs, Dieu punit le premier péché en
chassant Adam du jardin d'Eden et en l'obligeant à cultiver désormais une terre stérile : « Tu gagneras ton pain à la
sueur de ton front ».
• Pour Marx, le travail humain contribue à transformer l'homme tout autant que la nature.
En
effet, contrairement à l'animal, qui agit par pur instinct, l'homme détermine dans sa conscience le but qu'il veut
atteindre avant de le réaliser.
« Ce qui distingue dès l'abord le plus mauvais architecte de l'abeille la plus experte,
écrit Marx, c'est qu'il a construit la cellule dans sa tête avant de la construire dans la ruche.
» • Le travail salarié
constitue, selon Nietzsche, « la meilleure des polices » : « il tient chacun en bride et s'entend à entraver
puissamment le développement de la raison, des désirs, du goût de l'indépendance ».
Historiquement, la valorisation du temps libre remonte à l'antiquité ; chez les Grecs, la scholè, c'est le loisir,
privilège de l'homme libre (le politique ou le philosophe par exemple) par comparaison avec l'esclave, dont l'activité
entière est tournée exclusivement vers le travail.
Ce temps libre est ici consacré à la vie de la Cité ainsi qu'au
développement harmonieux et désintéressé du corps et de l'esprit.
Les loisirs illustrent-ils un temps libre ? Le temps
libre est-il le même pour tous ? Pour le travailleur comme pour les gens sans travail ? Qu'est-ce que le temps libre ?
En quoi est-il valorisé ? La "valorisation du temps libre" fait-elle vraiment de la liberté une valeur ou n'est-elle qu'une
manière de rattacher les loisirs à d'autres valeurs, et lesquelles ? Est-elle dépendante d'une certaine conception du
travail (ce n'est que par le travail que l'on peut apprécier le temps libre.
Le travail devient alors la condition au
temps libre, en ce sens qu'il permet d'avoir les moyens d'en profiter) ? Cette conception repose-t-elle sur des
critères économiques, moraux ? La valorisation du temps libre est peut-être à prendre dans un sens purement
économique : le temps libre, via l'industrie du loisir, rapporte et fait travailler des gens.
Il est aussi possible que cela
transforme le temps libre en une nouvelle forme d'aliénation, non par le travail, mais par la consommation.
C'est une
piste pour un dépassement : le temps authentiquement libre devrait être le temps sans contenu, non un temps
rythmé par la pseudo-liberté du consumérisme.
Le travail comme châtiment
• On peut noter pour commencer l'étymologie du mot travail, tripalium, qui désigne un instrument de contrainte au
moyen duquel on attachait le bétail et qui porte donc déjà en lui la trace d'une conception négative du travail,
comme une part maudite de la condition humaine qui, pourtant nécessaire, empiète largement sur la liberté de
l'homme.
• Le caractère incompatible du travail et de la liberté se donne d'emblée dans le temps consacré à l'une et l'autre de
ces deux activités.
En effet, même si nous décidons de nos horaires, et même si nous organisons nous-mêmes notre
temps de travail, c'est à l'issu du temps réservé à ce dernier que nous sommes vacants, c'est-à-dire vides de toute
contrainte, libres de décider de nos loisirs ou de nos vacances.
• Le problème est alors de penser cette incompatibilité.
D'un point de vue biblique, cette incompatibilité est associée
à une malédiction.
Tant qu'Adam et Ève ne cherchent pas à goûter au fruit de l'arbre de la connaissance, ils se
contentent de jouir des richesses naturelles du jardin d'Eden et ne travaillent pas.
Dans ce récit, il s'agit de justifier
par une faute originelle l'incompatibilité du travail et de la liberté.« Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front »dit
la Genèse pour justifier ce nouvel impératif lié au châtiment du péché originel.
C'est de là qu'est née une certaine
nostalgie d'un âge d'or où il suffisait de cueillir le fruit de l'arbre et boire l'eau de la source pour vivre un temps
absolument libre, sans avoir besoin de travailler.
Valorisation du temps libre et organisation sociale du travail
• À la suite du livre I de la Politique d'Aristote, on peut en effet distinguer les hommes libres, qui s'adonnent à la
spéculation intellectuelle – la theoria – dans la mesure où leur temps n'est pas occupé par des activités de
production, et les esclaves qui, simples outils animés, sont voués au travail – la poiesis.
Ici, on s'autorise de
l'incompatibilité du temps de travail et du temps libre pour asseoir un ordre social.
• Dans nos sociétés occidentales, la préoccupation est au partage du travail – à une meilleure organisation de la
division du travail – et à la réduction du temps qui lui est consacré.
Deux priorités sous-tendent cette conception :
donner du travail à tous d'une part, permettre à chacun de jouir d'un temps libre pour s'épanouir à l'extérieur de son
travail.
C'est certainement en France que l'on est allé le plus loin dans cette optique avec la mise en place
généralisée des 35 heures comme durée légale de travail hebdomadaire.
Dans l'esprit de ceux qui ont pensé cette
nouvelle répartition du travail, l'idée était justement de trouver un moyen pour dépasser cette incompatibilité entre
le temps consacré au travail et celui consacré au loisir.
En effet, si le temps de travail est abaissé pour chaque actif
mais qu'en même temps, on cherche à maintenir la productivité, il faut qu'un plus grand nombre de personne.
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