LA TECHNIQUE NOUS ÉLOIGNE-T-ELLE DE LA NATURE ?
Extrait du document
«
INTRODUCTION
Comme le dit Aristote, « Ce n'est pas parce qu'il a des mains que l'homme est le plus intelligent des êtres, mais c'est parce qu'il est le
plus intelligent qu'il a des mains.
» Seul l'homme invente véritablement.
Grâce à s e s inventions, il va s'élever de l'animalité vers
l'humanité et l'histoire d e la technique est l'histoire d e la maîtrise croissante de l'homme sur la nature.
Mais cette maîtrise, cette
transformation de notre manière de vivre nous sépare de plus en plus de la nature, de nos origines.
Est-ce un progrès ? Peut-on sans
danger nous éloigner du naturel jusqu'à l'oublier ?
I.
La technique est la maîtrise et la possession de la nature
• Cf.
Descartes, 6e partie du Discours de la méthode :
« [...] nous pourrions nous rendre comme maîtres et possesseurs d e la nature.
Ce qui n'est pas
seulement à désirer pour l'invention d'une infinité d'artifices, qui feraient qu'on jouirait, sans aucune
peine, des fruits de la terre et de toutes les commodités qui s'y trouvent, mais principalement aussi
pour la conservation de la santé, laquelle est sans doute le premier bien et le fondement de tous les
autres biens de cette vie ».
L'homme se donne, grâce à la technique, des connaissances utiles à la vie
et qui doivent augmenter le bien-être, en premier lieu la santé.
• La technique a donc pour but de transformer la nature.
L'homme s'octroie une sorte de pouvoir divin.
Les Grecs veillaient à ne pas troubler l'ordre naturel des choses.
C'est pourquoi ce respect de la nature
ne les a pas conduits à une pensée technicienne, au sens moderne du terme, à une exploitation de la
nature.
L'homme était considéré comme un microcosme (petit univers) dans le macrocosme (grand
univers).
Il faisait partie de ce Tout.
il fallait suivre la nature pour trouver l'harmonie, le bonheur.
• A partit du XVIIe siècle, l'homme est considéré comme un sujet supérieur au reste de la création.
La
nature est face à lui.
Il n'est plus dans cette nature.
Il peut alors l'exploiter.
Elle est faite pour lui.
II.
Ambivalence du progrès technique
• Rousseau avait bien compris que progrès technique et progrès
moral n'allaient pas de pair.
« [...] Dans ce nouvel état, avec une vie
simple et solitaire, des besoins très bornés, et les instruments qu'ils
avaient inventés pour y pourvoir, les hommes jouissant d'un fort
grand loisir l'employèrent à s e procurer plusieurs sortes de
commodités inconnues à leurs pères ; et ce fut là le premier joug qu'ils s'imposèrent sans y songer, et
la première source de maux qu'ils préparèrent à leurs descendants ; car outre qu'ils continuèrent ainsi à
s'amollir le corps et l'esprit, ces commodités ayant par habitude perdu presque tout leur agrément, et
étant en même temps dégénérées en de vrais besoins, la privation en devint beaucoup plus cruelle que
la possession n'en était douce, et l'on était malheureux d e les perdre, sans être heureux d e les
posséder.
» (Discours sur l'origine de l'inégalité)
Le progrès technique génère donc une décadence morale.
• Toutes les transformations techniques dans lesquelles nous vivons aujourd'hui conduisent à nous faire
oublier la nature.
Nous avons perdu le contact avec elle, le contact direct.
Nous ne la percevons plus,
nous ne la connaissons plus qu'aux travers d'objets.
La société de consommation comme le dit J.
Baudrillard, la société où pullulent les objets.
Il existe désormais un intermédiaire, un média, entre la
nature et moi, entre l'autre et moi : la télévision, le téléphone, le fax, la forêt est balisée, la montagne
est pitonnée, etc.
«Il y a aujourd'hui tout autour de nous comme une espèce d'évidence fantastique de la consommation
et de l'abondance, constituée par la multiplication des objets, des services, des biens matériels, et qui
constitue une sorte d e mutation fondamentale dans l'écologie de l'espèce humaine.
A proprement
parler, les hommes de l'opulence ne sont plus tellement environnés, comme ils le furent de tout temps, par d'autres hommes que par des
objets.
» (J.
Baudrillard, La Société de consommation) Écrit en 1970, ce texte garde toute son actualité.
III.
La séparation est irrémédiable
• Cette séparation, cet oubli de nos origines, est dangereuse.
Elle est source, pour H.
Marcuse, d'un nouveau totalitarisme.
«De la manière
dont elle a organisé sa base technologique, la société industrielle contemporaine tend au totalitarisme.
Le totalitarisme n'est pas
seulement une uniformisation politique terroriste, c'est aussi une uniformisation économico-technique non terroriste qui fonctionne en
manipulant les besoins au nom d'un faux intérêt général.
Une opposition efficace au système ne peut pas se produire dans ces
conditions.
Le totalitarisme n'est pas seulement le fait d'une forme spécifique de gouvernement ou de parti, il découle plutôt d'un
système spécifique de production et d e distribution, parfaitement compatible avec un "pluralisme" de partis, de journaux, avec la
"séparation des pouvoirs", etc.
» (H.
Marcuse, L'Homme unidi-mensionnel).
• Cette dérive technocratique rend tout-puissants le technicien et le technocrate qui ne tolèreront aucune insertion de la morale dans leur
travail.
« La technique ne supportant aucun jugement éthique, ceci nous conduit au troisième aspect : elle ne tolère pas d'être arrêtée
pour une raison morale.
[...] On a prétendu longtemps qu'elle faisait partie des objets neutres, et par conséquent non soumis à la morale
: c'est la situation que nous venons de décrire et le théoricien qui la situait ainsi ne faisait qu'entériner l'indépendance de fait de la
technique et du technicien.
Mais ce stade est déjà dépassé : la puissance et l'autonomie de la technique sont si bien assurées que
maintenant, elle se transforme à son tour en juge de la morale : une proposition morale ne sera considérée comme valable pour ce
temps que si elle peut entrer dans le système technique, si elle s'accorde avec lui.
» (J.
Ellul, Le Système technicien.)
Nous assistons à un renversement des valeurs : la morale, la conscience du devoir, ne juge pas la technique.
C'est au contraire la
technique, qui ne se préoccupe pas des moyens pour arriver à ses fins ( morale), qui décide de la morale.
CONCLUSION
Vivons-nous le temps de tous les dangers ? Il est clair que la technique nous a comme dépossédés de la nature alors que nous la
possédons jusqu'à la détruire.
Certaines voix s'élèvent pour nous rappeler et nous rapprocher de notre origine naturelle.
Sommes-nous
capables de changer notre vision du monde ?.
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