La pratique des échanges est-elle fondatrice d'une certaine forme de lien social ?
Extrait du document
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Définition des termes du sujet:
ÉCHANGE: Du latin excambiare, « échanger », «troquer» (de cambiare, «changer »).
En droit, contrat par lequel deux parties se donnent respectivement une chose pour une autre.
En économie,
transfert réciproque de biens ou de services, soit directement (troc), soit indirectement (par l'intermédiaire de la
monnaie).
Les échanges donnent naissance à la société et la consolident.
«Ce qui donne naissance à une cité, c'est, repris-je, l'impuissance où se trouve chaque
individu de se suffire à lui-même.» Platon, La République (i av.
J.-C.).
• Dans la « République », Platon affirme que c'est « l'impuissance ù se trouve chaque
homme de se satisfaire à lui-même et le besoin qu'il éprouve d'une multitude de choses.
» (Livre II) qui donne naissance à une cité.
Il y a trois besoins fondamentaux : la
nourriture, l'habitation, le vêtement.
A ces trois besoins correspondent trois travailleurs,
« le laboureur, le maçon et le tisserand », auxquels « nous pouvons ajouter le cordonnier
» par souci de symétrie puisqu'il s'agit d'une reconstruction intellectuelle et non
historique.
A partir de là, Platon affirme que deux solutions sont possibles :
• Soit ces quatre activités sont confiées à chaque travailleur qui partagera son temps
de travail en quatre.
C'est ce qui se passe dans les communautés agraires « primitives
».
• Soit chaque travailleurs se spécialise dans une des quatre activités et y consacre la
totalité de son temps de travail.
C'est ce qui existe dans les sociétés actuelles.
C'est ce
qu'on appelle la division sociale du travail .
D'abord elle correspond à la différence entre les aptitudes naturelles qui rend les hommes complémentaires les uns
des autres.
Ensuite la spécialisation dans une activité déterminée y produit une plus grande habileté.
Enfin la
spécialisation fait l'économie des pertes de temps qu'occasionne le passage d'un travail à un autre.
De plus il y a
pour toute activité une saison.
Abordons le problème de la division du travail, cad la répartition des tâches nécessaires et le problème général des
conditions de travail.
On peut considérer la division du travail du point de vue de son efficacité pour la production des biens nécessaires à
la société, donc de son utilité économique.
Mais il faut aussi considérer les conséquences de la division du travail
sur la personne du travailleur.
L'utilité économique de la division en métiers paraît évidente : elle est la condition d'une production diversifiée et de
la satisfaction de besoins variés.
Considérée du point de vue du travailleur, elle implique un développement de
l'habileté individuelle et un perfectionnement des capacités.
La maîtrise d'un métier, qu'il soit manuel ou intellectuel,
permet une réalisation de soi et une reconnaissance sociale (ainsi, l'admiration pour le professionnalisme).
Aussi
l'ambition d'avoir un métier et d'y réussir est-elle autre chose que la volonté de gagner sa vie, même si la
spécialisation dans un métier, en interdisant par définition les autres, peut apparaître comme un enfermement dans
un seul domaine.
En revanche, la division du travail qui s'est imposée avec le développement de la grande industrie, et qui caractérise
encore aujourd'hui nombre d'entreprises a vu son utilité très vite contestée.
Des premières manufactures aux usines modernes, la division technique du travail s'est en effet accentuée jusqu'à
l'extrême parcellisation.
Tant que le travail est divisé en métiers différents, chaque homme de métier peut réaliser un
produit dans son ensemble, et même s'il existe une coopération, chacun est capable d'accomplir toutes les tâches
nécessaires à la réalisation du produit (au Moyen âge par exemple, la fin de l'apprentissage est symbolisée par la
réalisation d'un chef-d'oeuvre).
Avec les manufactures cette capacité à réaliser le produit en entier se perd et, dans
la grande industrie, avec le machinisme, elle disparaît totalement.
• Pour le libéralisme moderne, c'est dans les échanges que se construit le bien commun.
II rejette toutefois l'idée
d'une organisation «par le haut» du travail et des échanges.
Se référant à l'image de la «main invisible» d'Adam
Smith (1776), il préfère penser que les échanges s'autorégulent, l'offre et la demande tendant spontanément à
s'entre-équilibrer, sans intervention de l'État.
Smith dira: "On n'a jamais vu de chien faire de propos délibéré l'échange d'un os avec un autre chien." Adam Smith,
La Richesse des nations, 1776.
Comment expliquer que, malgré la compétition généralisée, une harmonie se dégage entre les hommes ? Pour Smith,
tout se passe comme si une "main invisible" dirigeait l'ensemble des égoïsmes dans l'intérêt de tous: tout en ne
cherchant que son intérêt personnel, l'individu oeuvre souvent d'une manière efficace pour l'intérêt de la
communauté toute entière.
En effet, n'est-ce pas la quête de l'enrichissement personnel qui concourt à fonder la
prospérité d'un pays ?
Cette fiction de la main invisible - hypothèse providentialiste à souhait - est le symbole de l'optimisme libéral qui
croit en l'harmonie des règles spontanées du marché et à l'agrégation des intérêts individuels en intérêts collectifs.
L'explication de cette surprenante main invisible est que le conflit entre des intérêts opposés oblige les partenaires
de l'échange à limiter leurs prétentions, à s'accorder sur des compromis, à réaliser un équilibre correspondant à
l'affectation optimale des ressources.
Au XXe siècle, Hayek proposera une explication supplémentaire : l'interaction.
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