La connaissance de soi peut-elle être sincère ?
Extrait du document
«
Ici on vous demande si la connaissance de soi peut éviter la mauvaise fois, l'aveuglement ou l'illusion.
En un
sens, il est évident de souhaiter de se connaître puisque je suis à moi-même l'objet et le sujet qui peut m'être
le plus familier.
Pourtant, la connaissance, si elle vise avant tout la vérité et l'objectivité, postule une
séparation entre le sujet qui connaît et l'objet qui est connu.
Or il se trouve que je suis et celui qui connaît et
celui qui est à connaître.
Cela ne facilite pas les choses.
D'abord parce que je peux être dans la familiarité et
l'habitude qui m'empêchent un regard critique sur moi-même.
Ensuite parce que je peux entrevoir de moi des
qualités, des pensées ou des comportements gênants pour moi ou pour mon entourage.
D'où la tentation de ne
pas les voir.
Mais si je ne veux pas les voir, c'est au moins parce que je les devine et que j'en ai dans une
certaine mesure conscience, ce qui suppose une puissance de diversion et de mise à l'écart qui me rend
double, séparé à l'intérieur de moi-même.
Pensez à l'inconscient ou à la mauvaise foi.
[L'adage que Socrate lui-même a repris à son compte est celui
qui est inscrit sur le fronton du temple d'Apollon à Delphes:
«Connais-toi toi-même».
Pour Socrate, se connaître soi-même
est le commencement de toute philosophie.]
La connaissance sincère de soi est le fondement de toute quête
du vrai
Comment vouloir le bien, le juste, le vrai à partir du moment où l'on ne
cherche pas en soi-même ce qui est bien, juste et vrai ? Comment
puis-je agir moralement si j'ignore qui je suis, si je me laisse emporter
par des passions qui me dépassent, si je me méprends sur ma propre
nature (je ne suis pas un dieu, mais un être mortel et faillible)? Tel est
le raisonnement de Socrate, lequel considère que la connaissance de
soi est non seulement possible, mais de plus nécessaire.
Il ne s'agit pas pour Socrate de se livrer à une investigation
psychologique, mais d'acquérir la science des valeurs que l'homme porte
en lui.
Cette science importe essentiellement — bien avant de connaître
la nature ou les dieux.
Comment conduire sa vie pour être heureux ;
voilà la question qui hante tous les hommes.
L'opinion, confortée en
cela par les sophistes, identifie le bonheur à la jouissance, au pouvoir, à
la fortune, à la beauté.
Sans doute tout cela n'est-il pas négligeable,
mais ce sont là des biens équivoques qui peuvent nous être utiles, ou
nous nuire selon les circonstances, l'usage qui en est fait.
Pour qu'ils
deviennent utiles, il faut que nous sachions nous en servir et si l'homme
agit toujours en vue de son bien propre, il peut se tromper sur sa
définition.
Si nul n'est méchant volontairement, c'est d'abord parce que
nul ne veut consciemment se nuire à lui-même et donc ce n'est que par accident que la conduite qu'il adopte
peut éventuellement s'avérer mauvaise.
Par accident, non volontairement, il faut entendre par là par
ignorance : si je ne connais pas la hiérarchie des biens, je serai nécessairement malheureux.
Par exemple,
celui qui consacre son existence à acquérir la richesse, en viendra naturellement à nuire à autrui, donc il
s'exposera à la rigueur de la loi ; de plus c'est là un bien qui dépend en large partie du hasard et qui peut
échapper à tout instant.
Il est donc inconcevable que sachant tout cela on puisse vouloir agir de la sorte.
C'est la science qui détermine l'action, elle ne peut être vaincue par les passions, seulement par l'ignorance.
Le primat donné à la science explique les railleries dont Socrate accable aussi bien les institutions, en
particulier le tirage au sort des magistrats, que l'inspiration qui permettrait à certains de bien agir par une
sorte d'illumination.
Faisant confiance au savoir et pensant que tous les hommes — fut-ce l'esclave — portent en eux le germe de
ce savoir, c'est une vision délibérément optimiste que Socrate offre de l'humanité.
Seule la sincérité de cette connaissance peut me conduire à la vertu, à la connaissance de ce qui est juste..
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