La connaisannce de l'homme est-elle possible ?
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Problème : Le problème se configure sur l’ambiguïté de la relation de l’homme à la connaissance, position pouvant à la fois être passive (dans le cas de l’homme objet de la connaissance) et active (le cas de l’homme comme sujet de la connaissance). L’intérêt problématique, en tant qu’il est fondé sur l’ambivalence sémantique de l’énoncé, peut se formuler en questionnant les conditions de sens et de possibilité d’une transition du statut épistémologique de l’homme comme sujet à l’homme comme objet de la connaissance. Autrement dit, cela revient à se demander si la connaissance, en tant que l’homme en est le sujet de l’activité, peut avoir l’homme lui-même pour objet ; ou encore si l’homme, en tant qu’il est sujet de la connaissance, peut devenir objet de sa propre activité, et donc objet de la connaissance, d’une connaissance ayant l’homme pour objet : une connaissance de l’homme par l’homme.
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Incipit : L'attrait de la problématique de notre énoncé tient à son ambiguïté syntaxic o-sémantique, ambiguïté qui en l'occurrence est conséquente à l'emploi
du génitif.
C ar le génitif peut fonctionner selon deux régimes distinc ts : le régime objectif – l'homme y serait dès lors à concevoir comme objet pass if de la
connaissance ; le régime subjectif – et l'homme doit dans ce cas se concevoir comme sujet actif de la connaissance.
S'interroger s ur la possibilité de la
connaissance de l'homme tire donc pour partie son attrait problématique de cette carac téris tique du génitif.
Thèmes : A insi que le suggère notre introduction, la thématique de notre énoncé est double.
Son articulation consiste en une ambivalence sémantique.
Etudions donc la structure interne de ce complexe notionnel, afin d'indiquer clairement le problème de notre énoncé.
Pour l'homme, dans son rapport à
l'activité de la connaissance, devenir sujet de la connais sance est le propre de l'époque moderne.
En effet, c e n'est qu'avec la c onception cartésienne de
l'ego, et qui plus e s t d e l'ego c omme cogito, que le s ujet humain s e voit institué au principe de l'activité de la connaissanc e.
P récédemment, la
connaissance, dans ses conditions de poss ibilité en tant que pratique théorique, n'es t pas relativis ée à la subjectivité ; et si l'on peut attester un cogito
augus tinien, sa dimension et sa fonction ne sont en aucun cas proprement épistémiques, visant la fondation de l'activité de la connais sance suite à la
confrontation au doute radical c o m m e c ' e s t l e c a s de D e s c a r t e s , m a i s b i e n plus existentielles et théologiques.
A insi, la figure du sujet moderne est
intimement corrélée à l'épistémologie.
De son mouvement de fondation de la pos sibilité de la c onnaissance est engendrée une rupture avec l'immédiateté
analogique de rapport de l'esprit au monde comme extériorité matérielle.
C ar si la théorie de la c onnaissance aristotélicienne, conception classique dont est
héritier la quasi intégralité du moyen-âge scolastique, pense le rapport de l'esprit au monde dans l'activité de connais sance sur le mode analogique (les
formes rationnelles c o n s titutives de la substance d e s c h o s e s réelles venant s'imprimer en l'âme du connaissant), l'idéalisme de D escartes rompt avec
toute conc eption immédiate du fonctionnement de la c onnaissance.
Les idées sont la c ertitude réflexive qu'a l'esprit de l'exis tence de s es propres pensées.
Leur mode de relation au monde est médiate et arbitraire, et pour ainsi dire digitalisée.
Et c 'est en ce sens seulement que l'individu humain est conc evable
comme sujet de la connaissance, et donc que doit s'entendre la ques tion de la possibilité de la connaissance de l'homme par un sujet qui en soit la
condition.
Et en tant qu'objet, l'homme serait alors simplement ce s ur quoi porte l'activité du sujet connaissant.
Problème : Le problème se configure s ur l'ambiguïté de la relation de l'homme à la connaissanc e, position pouvant à la fois être pass ive (dans le cas de
l'homme objet de la connaissanc e) et active (le c a s d e l'homme comme s ujet de la connaissance).
L'intérêt problématique, en tant qu'il est fondé s ur
l'ambivalence s émantique de l'énoncé, peut se formuler en questionnant les conditions de s ens et de pos sibilité d'une transition du statut épistémologique
de l'homme comme sujet à l'homme comme objet de la connaissanc e.
A utrement dit, c ela revient à se demander si la connais sance, en tant que l'homme en
est le sujet de l'activité, peut avoir l'homme lui-même pour objet ; ou encore si l'homme, en tant qu'il est sujet de la connaiss ance, peut devenir objet de sa
propre activité, et donc objet de la connaissance, d'une connais sance ayant l'homme pour objet : une connaissance de l'homme par l'homme.
*
I.
La possibilité de la connaissance
A border la question de la connais sance en la relativisant à l'homme comme au principe de son activité n'est possible, ainsi que nous l'avons déjà dit, que
dans la postérité du modernis me de Descartes.
Pour Desc artes, la poss ibilité de la connaissanc e, en tant que fondée sur l'ac tivité d'une subjec tivité close,
repos e s u r l a p o s s e s s i o n par le sujet d'idées innées.
C 'est proprement c e qui s e qualifie d'idéalisme innéiste.
A cette conc eption des conditions de
possibilité de la connais sance humaine répondent d'une part l'empirisme anglo-saxon de Locke et Hume, empirismes conc evant donc le processus de la
c o n n a i s s a n c e comme articulation intellectuelle des impressions s ensibles (le c redo de l'empirisme est effet : rien n'est dans la connaissance qui n'ait
précédemment été dans les s ens), et d'autre part l'idéalisme radical de Berkeley qui, révoquant en doute la possibilité de prouver l'existence de la matière
du monde et de la réalité, en fonde la possibilité de la connaiss ance uniquement sur les idées dont la permanence est assurée par la transcendance de Dieu.
D'autres théories de la connaissance s ont élaborées concurremment durant tout le cours de la modernité (Leibniz, Spinoza, M alebranche).
T outes répondent
de quelque manière que ce soit à la question cartésienne de la fondation de la poss ibilité de la connaissance de l'homme, ou du monde matériel par l'homme.
M ais c ' e s t avec Kant que la question atteint s a plus grande acuité en tant simplement qu'elle es t par lui explicitement posée : quelles sont donc les
conditions de la possibilité de la connaiss ance humaine ? A cela répond toute la Critique de la raison pure, s o n « e s thétique transcendantale » et son
« analytique ».
Kant, articulant la n é c e s s i t é du recours à une théorie d e l a sens ation avec une théorisation du fonc tionnement des catégories de
l'entendement, dépasse et subsume la dichotomie entre empirisme et idéalisme.
La question critique des conditions de possibilité de la connaissance de
l'homme doit désormais s'inscrire dans l'horizon d'une épistémologie transcendantale : il y des structures propres à l'esprit humain qui lui sont a priori
implémentées (les catégories de l'entendement et les formes a priori de la sensibilité, à savoir l'espac e et le temps) et qui déterminent l'ordre de son
activité de connais sance en tant que sujet.
A ces conditions uniquement, la connaissance de l'homme est possible.
La rupture que Kant introduit dans la
conception de l'épistémologie entame la période philosophique dite contemporaine.
II.
L'homme-objet
Si le sujet cartésien est c e qui fonde la réflexion épistémologique moderne, et s i la question de s e s conditions de possibilité résolue en termes
trans cendantaux es t ce qui c aractérise le tournant kantien, dans les deux cas la connaissance de l'homme s'entend au sens du génitif sujet.
O r le sujet de
D e s c artes, en tant que s on identité n'est pas strictement réductible à la dichotomie de sa s tructuration interne (substance pensante – substanc e étendue),
est proprement ce qui éc happe à la possibilité de la c onnaissance.
A vrai dire, le sujet n'est pas à proprement parler une substance, car la substanc e peut
toujours devenir objet de la c onnaissance et le s ujet, lui, s'y soustrait en tant qu'il en conditionne la possibilité comme fondement de son activité.
Il est de
même du sujet transcendantal kantien qui n'est que pure activité de synthèse intellectuelle des données sensorielles.
Il n'est pas unité objectivable, mais
principe actif, dynamique de synthèse.
En d'autres termes, tant pour Kant que Descartes, le principe de la connaissance qu'est le sujet ne peut lui même
être c onnu.
La connaissance de l'homme par l'homme n'est pas possible simplement et justement parce qu'elle est toujours connaiss ance de l'homme, au
sens de c onnaissance humaine, trop humaine.
U ne telle conception de la soustrac tion du s ujet à la possibilité de la connaissance, une telle opposition à la
possibilité d'être, en tant que sujet, objectivé, trouve écho dans la pensée nietzs chéenne de la déconstruction du sujet.
Hume (Enquête sur l'entendement
humain) déjà déc onstruisait le sujet en le réduisant à n'être qu'un proc essus mémoriel de reconstruction rétrospective illusoire : jamais le sujet ne s'atteint
comme substance, jamais donc il n'est connais sable.
Quant à Nietzsche, ce dernier rétorque aux penseurs de la subjectivité substantielle que leur erreur
est d'avoir hypostasié une catégorie grammatic ale accidentelle (le pronom de la première personne au singulier : ego) pour en faire un substance existant
réellement.
Enfin, la tentative d e concevoir l'homme c omme objet d e la c o n n a i s s a n c e s e trouve définitivement déconstruite avec l'invention de la
psychanalyse.
Freud en effet vient entériner toute possibilité pour l'homme d'être connu sur le mode objectif.
L'homme est dès lors le point aveugle de la
connaissance humaine.
En bref, la réflexivité de la connaissanc e es t réfractaire à l'objectivation.
*
Conclusion
Interroger la c onnaissance de l'homme doit passer par la question de la s ubjectivité connaissant, et donc faire référenc e à D escartes .
Sous un angle
trans cendantal, c'est-à-dire comme possibilité d e c onnaissance, la référence est la philosophie critique kantienne.
Dans c e c adre de pensée à la fois
idéaliste et transcendantal, le sujet humain comme principe de la possibilité de la connaissanc e n'est pas susceptible d'être connu c omme objet, ne peut
devenir objet de la connais sance.
V ouloir penser la c o n n a i s s a n c e de l'homme comme objet d'inves tigation s uppose donc une radicale mutation de
paradigme de pens ée.
C elle-ci es t par exemple autorisée par le positivisme de C omte, cadre de pensée dans lequel l'homme devient objet positif d'une
science véritable, à savoir la physique sociale, ou sociologie.
U n autre paradigme a envisager doit être la conc eption clinique du statut de l'homme comme
objet, non plus purement théorique, mais à proprement parler d'expérience (Foucault, Naissance de la clinique)..
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