HOBBES: Comme l'expérience est la base de toute connaissance
Extrait du document
«
« Comme l'expérience est la base de toute connaissance, de
nouvelles expériences sont la source de nouvelles sciences, et les
expériences accumulées doivent contribuer à les augmenter.
Cela
posé, tout ce qui arrive de neuf à un homme lui donne lieu d'espérer
qu'il saura quelque chose qu'il ignorait auparavant.
Cette espérance
et cette attente d'une connaissance future que nous pouvons
acquérir par tout ce qui nous arrive de nouveau et d'étrange est la
passion que nous désignons sous le nom d'admiration.
La même
passion considérée comme un désir est ce qu'on nomme curiosité,
qui n'est que le désir de savoir ou de connaître.
Comme dans
l'examen des facultés du jugement l'homme rompt toute
communauté avec les bêtes par celle d'imposer des noms aux
choses, il les surpasse encore par la passion de la curiosité; en effet
quand une bête aperçoit quelque chose de nouveau et d'étrange
pour elle, elle ne la considère uniquement que pour s'assurer si cette
chose peut lui être utile ou lui nuire, en conséquence elle s'en
approche ou la fuit; au lieu que l'homme, qui dans la plupart des
événements se rappelle la manière dont ils ont été causés ou dont ils
ont pris naissance, cherche le commencement ou la cause de tout ce
qui se présente de neuf à lui.
Cette passion d'admiration et de
curiosité a produit non seulement l'invention des mots, mais encore la supposition des causes qui
pouvaient engendrer toutes choses.
Voilà la source de toute philosophie.» HOBBES
Introduction
« C'est l'étonnement qui poussa les premiers penseurs aux spéculations philosophiques », dit Aristote.
Les
spéculations de l'esprit seraient provoquées par la surprise éprouvée devant un phénomène que, de prime abord,
nous ne comprenons pas.
Ce texte de Hobbes fait écho à cette idée, mais en infléchissant l'étonnement vers
l'admiration et la curiosité, tout en approfondissant l'enquête génétique de la connaissance.
Si ce sont bien des
passions qui constituent les sources de la connaissance, qu'est-ce qui fait naître alors ces passions? sont-elles
innées? sont-elles une nostalgie d'un savoir oublié ou bien naissent-elles de l'expérience, devant le spectacle de
la nouveauté? En quoi la réponse à cette question permet-elle de légitimer le postulat de départ selon lequel
l'expérience est la base de toute connaissance?
1.
La nouveauté, dans l'expérience, fait naître l'admiration et la curiosité
A.
L'expérience et la connaissance progressent de manière concomitante
Le texte s'ouvre sur un postulat : « Comme l'expérience est la base de toute connaissance...
» Le propos qui va
suivre ne va pas porter sur la discussion de la place de l'expérience dans la connaissance.
La question n'est pas
ici de savoir si l'expérience est constitutive de la connaissance, ni si elle en est seulement la matière ou un
élément.
Hobbes constate simplement que toute connaissance présuppose l'expérience à la manière d'un édifice
qui ne tire sa solidité que de sa base.
« Comme » signifie ici « étant donné que ».
Le questionnement est donc
plus génétique que transcendantal ou épistémologique.
En effet, partant du fait que la connaissance et
l'expérience sont intimement liées, on peut en déduire qu'elles progressent de manière concomitante : « ...de
nouvelles expériences sont la source de nouvelles sciences ».
Hobbes précise ici le rapport qui lie la connaissance
et l'expérience : l'expérience, c'est-à-dire ici les événements de la vie empirique, est la « source (des) sciences
», et les « expériences accumulées doivent contribuer à les augmenter ».
L'expérience ne suffit pas à elle seule à
constituer un savoir stable (« science » est ici à prendre au sens large), mais elle en est l'origine chronologique et
le « déclencheur » (la « source »).
Ainsi, l'accumulation des découvertes d'événements et de phénomènes
nouveaux constitue des expériences et fait qu'on a de l'expérience, mais en tant que telle n'est pas à elle seule
une accumulation de connaissances : elle « contribue » seulement à « augmenter » les connaissances.
B.
Le constat du gain de connaissance qu'engendre la multiplication des expériences fait naître en l'homme la
passion de l'admiration et de la curiosité
Le sujet du texte n'étant pas la légitimité ou l'objectivité du savoir et des sciences, Hobbes n'approfondit pas ici
l'analyse du rôle de l'expérience dans la connaissance.
Ce qui importe, ce sont les impressions que produit sur
l'homme la concomitance du progrès du savoir et de l'accumulation des expériences – il peut « espérer »
apprendre quelque chose chaque fois qu'il sera confronté à du « neuf », c'est-à-dire à un phénomène qu'il n'a
jamais rencontré auparavant.
Sachant que l'expérience est la base de toute connaissance, toute expérience
nouvelle pour un homme « lui donne lieu » d'espérer « bâtir » une nouvelle connaissance.
Cette espérance n'est
pas un simple voeu pieux : l'homme est en « attente » d'une connaissance future devant « tout ce qui lui arrive
de neuf », comme on attend l'effet (ici, la connaissance) lorsque la cause se produit (ici, ce qui est neuf).
Cette
espérance et cette attente sont définies par Hobbes : elles consistent en une passion, l'« admiration ».
Pourquoi s'agit-il d'une passion? Sachant que l'étymologie latine du terme « passion » est patior, « supporter », «
souffrir », la passion caractérise une forme de passivité du sujet.
L'admiration est provoquée en l'homme par le.
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