Epicure et la tripartition des désirs de l'homme
Extrait du document
«
Maintenant, il faut parvenir à penser que, parmi les désirs, certains sont
naturels, d'autres sont vains.
Parmi les désirs naturels, certains sont
nécessaires, d'autres simplement naturels.
Parmi les désirs nécessaires, les uns
le sont pour le bonheur, d'autres pour le calme du corps, d'autres enfin
simplement pour le fait de vivre.
En effet, une vision claire de ces différents
désirs permet à chaque fois de choisir ou de refuser quelque chose, en fonction
de ce qu'il contribue ou non à la santé du corps et à la sérénité de l'âme,
puisque ce sont ces deux éléments qui constituent la vie heureuse dans sa
perfection.
Car nous n'agissons qu'en vue d'un seul but : écarter de nous la
douleur et l'angoisse.
Lorsque nous y sommes parvenus, les orages de l'âme se
dispersent, puisque l'être vivant ne s'achemine plus vers quelque chose qui lui
manque, et ne peut rien rechercher de plus pour le bien de l'âme et du corps.
En
effet, nous ne sommes en quête de plaisir que lorsque nous souffrons de son
absence.
Mais quand nous n'en souffrons pas, nous ne ressentons pas le
manque de plaisir.
Ce texte d'Épicure pose un problème moral : faut-il lutter contre tous les désirs
ou faut-il distinguer de bons et de mauvais désirs ? Dans le second cas,
comment lutter contre les mauvais désirs ?
L'argument avancé par l'auteur consiste à accepter les désirs naturels, que la
nature nous donne les moyens de satisfaire, et à rejeter les désirs vains, produits par l'imagination et la société, et
impossibles à satisfaire.
Les premiers procurent plaisirs et bonheur ; les seconds souffrance et agitation perpétuelle.
Une stricte discipline des désirs est donc la clé du bonheur.
Cette morale épicurienne soulève plusieurs problèmes : elle amène à opposer un bonheur simple selon la nature au
malheur engendré par l'escalade des désirs artificiels liée au « progrès » et à la civilisation.
Faut-il donc renoncer au
progrès, au confort et au luxe, qui seraient autant de facteurs d'aliénation ? La nature peut-elle constituer une norme
morale et nous dicter ce que nous devons faire ? Cette définition du plaisir repose sur un ascétisme et un renoncement
qui contredisent l'image ordinaire du plaisir.
Enfin, parmi les désirs naturels, Épicure distingue entre désirs nécessaires
et non nécessaires.
Or cette distinction ne va pas de soi, face à la force impérieuse de tous les désirs.
Épicure distingue d'abord les désirs en naturels et vains d'abord, puis les désirs naturels en nécessaires et non
nécessaires, enfin les désirs nécessaires en ceux pour le bonheur, ceux pour le calme du corps, et ceux pour le fait de
vivre.
Ensuite, il donne le critère de cette classification : un désir contribue-t-il ou non à la santé du corps et à la
sérénité de l'âme ? Enfin, la dernière étape définit le bonheur comme absence de douleur et d'angoisse, et le plaisir
comme disparition du manque, c'est-à-dire du désir.
Selon la nature, le désir est limité : seule l'âme est susceptible de déraisonner, et non le corps.
Il faut donc, pour
atteindre le bonheur défini par l'ataraxie (absence de troubles), distinguer les désirs et leur donner la satisfaction qu'ils
méritent en revenant à la mesure définie par la nature.
La classification opérée par Épicure dégage trois grandes familles de désirs :
– Les désirs naturels et nécessaires tendent à l'apaisement d'une douleur.
Leur satisfaction est vitale mais aisée, et
elle produit l'équilibre du corps, donc de l'âme également.
Les désirs naturels peuvent être nécessaires à la vie même
(faim, soif, etc.), au bien-être du corps (vêtements, abris, etc.) ou au bonheur (philosophie, amitié).
– Les désirs naturels mais non nécessaires (« simplement naturels ») font varier la volupté, mais doivent être l'objet
d'un usage modéré.
Ce sont principalement le désir sexuel et le désir de contempler des belles choses, c'est-à-dire le
désir esthétique.
– Les désirs ni naturels ni nécessaires sont les désirs « vains » qui détruisent toujours l'équilibre du corps et de l'âme,
car étant illimités par nature, ils ne sont susceptibles ni d'un usage modéré ni d'une satisfaction possible.
Il s'agit avant
tout du désir d'immortalité, mais aussi du désir de gloire et autres passions sociales.
C'est en fonction de la classification opérée qu'il faudra « choisir » ou « refuser » telle ou telle chose.
Le but
d'atteindre la vie bienheureuse (« heureuse dans sa perfection ») suppose l'absence de troubles dans l'âme et dans le
corps.
Aussi Épicure propose-t-il pour le sage un idéal d'autarcie : le manque est une forme de douleur qui trouble
l'âme.
Il s'attache à conjurer l'angoisse, c'est-à-dire la crainte de la mort (qui n'est rien pour nous) et celle des dieux
(qui sont indifférents).
D'une manière générale, moins ils sont nécessaires, plus les désirs sont difficiles à contenter.
S'abandonner au désir
vain, formé par l'opinion et non exprimé par le corps, c'est se condamner à le poursuivre à l'infini en méconnaissant la
limite immanente du désir naturel : c'est sortir du désir pour s'assujettir à l'opinion.
C'est se tromper sur la nature du
désir, mais c'est aussi se tromper sur la nature de la vie bienheureuse, car le plaisir ne peut jamais être plus intense
que lorsqu'il correspond à l'élimination de toute douleur, c'est-à-dire à l'ataraxie..
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