Aide en Philo

Analyse linéaire Jean de la BRUYERE - Livre V De la société et de la conversation, Remarque 12 « Théodecte »

Publié le 23/03/2025

Extrait du document

« Jean de la BRUYERE 1645- 1696 1er extrait : Livre V De la société et de la conversation, Remarque 12 « Théodecte » J’entends Théodecte de l’antichambre ; il grossit sa voix à mesure qu’il approche, le voilà entré ; il rit, il crie, il éclate, on bouche ses oreilles, c’est un tonnerre ; / il n’est pas moins redoutable par les choses qu’il dit que par le ton dont il parle ; il ne s’apaise et il ne revient de ce grand fracas que pour bredouiller des vanités1 et des sottises ; il a si peu d’égard au temps, aux personnes, aux bienséances 2, que chacun a son fait3 sans qu’il ait eu intention de le lui donner ; il n’est pas encore assis qu’il a à son insu désobligé4 toute l’assemblée.

/ A-t-on servi, il se met le premier à table et dans la première place ; les femmes sont à sa droite et à sa gauche5 ; il mange, il boit, il conte, il plaisante, il interrompt tout à la fois : il n’a nul discernement6 des personnes, ni du maître, ni des conviés, il abuse de la folle déférence7 qu’on a pour lui, est-ce lui, est-ce Euthydème qui donne le repas ? Il rappelle à soi toute l’autorité de la table, et il y a un moindre inconvénient à la lui laisser entière qu’à la lui disputer : le vin et les viandes n’ajoutent rien à son caractère.

Si l’on joue, il gagne au jeu ; il veut railler celui qui perd, et il l’offense ; les rieurs sont pour lui, il n’y a sorte de fatuités8 qu’on ne lui passe.

/ Je cède enfin et je disparais, incapable de souffrir9 plus longtemps Théodecte, et ceux qui le souffrent. 1- Vanités : ici, pensées banales et sans intérêt. 2-Bienséances : usages, bonnes manières 3456789- Chacun a son fait : il blesse ou insulte chacun Désobligé : Indisposé A l’époque , l’étiquette codifie les repas Discernement : compréhension Déférence : grand respect,servilité Fatuités : vantardises souffrir : supporter Introduction : ►Présentation de l’œuvre : La Bruyère publie pour la première fois ses Caractères en 1688.

Le succès est immense et immédiat et l'auteur n'aura de cesse d'amender, augmenter et rééditer son ouvrage.

Il s'agit pour lui, imitant l'auteur antique Théophraste, de peindre la société de son temps sous la forme d'une série de « remarques » (au sens littéral de « choses remarquables ») regroupées en seize livres.

Cette peinture des caractères de son époque lui permet de dénoncer les faiblesses et les corruptions et en contrepoint de définir l'honnête homme. ►Situation du passage : La Bruyère consacre le livre V à l'une des préoccupations majeures du XVIIe siècle : comment vivre avec autrui (« de la société ») et communiquer (« de la conversation ») ? L'« honnête homme », idéal qui s'est substitué à celui du héros, se caractérise notamment par son aptitude à entretenir des relations harmonieuses et agréables. Mais le portrait de cet honnête homme se dessine le plus souvent en creux dans le chapitre.

Si quelques remarques cherchent à identifier de façon abstraite les qualités qu'une parole juste suppose, beaucoup analysent le dérèglement de la parole qui entrave toute véritable conversation. Ces remarques préfigurent les portraits de Théodecte et d'Arrias, édités plus tardivement. Théodecte (remarque 12) fait partie d'une constellation de personnages déplaisants bien éloignés de l'honnête homme, comme Acis (7) ou Arrias (9) qui le précèdent de peu dans le livre. Tous partagent la présomption d'avoir plus d'esprit que les autres et cherchent à imposer leur parole. Problématique : Dans quelle mesure La Bruyère dépeint-il à travers ce portrait les mœurs de son temps ? Plan en quatre mouvements : l.1-3 : l’arrivée du personnage l.3-8 : le personnage infatué se dessine alors même qu'il n'est pas encore assis l.8-17 : à table et au jeu, il est tout aussi insupportable l.17-18: sortie de scène du narrateur Lecture linéaire : ► 1er mouvement : L 1-3 « J’entends …….

tonnerre ; » - Récit d’une arrivée fracassante de Théodecte, en une seule phrase syncopée dans un style fragmenté. Théâtralisation de l’arrivée de Théodecte par son arrivée depuis les coulisses = « l’antichambre » sur une scène fictive = salle de réception.

La Bruyère reprend ainsi le thème du theatrum mundi qui fait le rapprochement entre le jeu théâtral et la vie en société. Le procédé littéraire utilisé par l’auteur est une Juxtaposition de propositions (ponctuation : pointvirgules et virgules) créant ainsi une parataxe : figure de style disposant des propositions syntaxiques sans rapport de dépendance marqué entre elles.

(contraire hypotaxe) Cette figure de style est une des plus usitées par La Bruyère. Dès l’irruption de ce personnage, le lecteur peut effectuer une projection visuelle du personnage et comprendre l’omniprésence de Théodecte. - On remarque dès ce premier mouvement le champ lexical du bruit appuyé par une assonance en (i) « il rit, il crie » (ligne 2).

L’auteur crée un effet d’amplification sonore qui accompagne l’arrivée de Théodecte qui « grossit » volontairement sa voix, « crie » « rit ». Le procédé littéraire est une accumulation de verbes d’action, de prise de parole = gradation (figures d’amplification renforcée par la répétition inutile du « il ») jusqu’à l’assertion (proposition que l’on avance et que l’on soutient) finale hyperbolique.

« c’est un tonnerre ».

On note l’utilisation du présentatif « c’est » qui renforce le groupe nominal « c’est un tonnerre ») (Un présentatif est un mot ou une locution permettant d'introduire ou de mettre en relief un élément du discours).

L’arrivée de Théodecte, de par tous les effets sonores, prend alors un côté comique renforcé par la gestuelle exagérée « on bouche ses oreilles ». Conclusion de mouvement : La théâtralisation de l’arrivée de Théodecte constitue un jugement moral en soi.

On découvre un personnage infatué et égocentrique. ► 2e mouvement : L l’assemblée ». 3-8 : « Il n’est pas moins …..

toute - Dès son arrivée, Théodecte adopte un comportement histrionique (caractérisé par une émotivité excessive et une recherche d'attention).

Chacune des pointes verbales de La bruyère le discrédite un peu plus.

Non seulement ce qu’il dit est sot, mais la façon dont il le dit est également insupportable. L’auteur effectue une accumulation de propositions juxtaposées qui complètent le portrait. « Il n’est pas moins redoutable par les choses qu’il dit que par le ton dont il parle » : avec ironie, utilisation d’une tournure syntaxique négative : négation du contraire : 2 négations = une affirmation. De plus il effectue une mise en parallèle de deux éléments par la tournure : « par …..que par » - On retrouve le champ lexical du bruit déjà présent dans le 1 er mouvement avec la métaphore du « grand fracas ». - L’auteur crée de plus une opposition entre le « fracas » et le fait de.... »

↓↓↓ APERÇU DU DOCUMENT ↓↓↓

Liens utiles