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Ma Bohème de Arthur Rimbaux

Publié le 02/04/2025

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« Ma Bohème de Arthur Rimbaud le recueil intitulé Les Cahiers de Douai d’Arthur Rimbaud est constitué de poèmes de jeunesse. S’y côtoient des poèmes d’inspiration classique, imités des maîtres, des poèmes politiques, satiriques ; et d’autres directement inspirés de la vie personnelle du jeune Rimbaud, de ses amours adolescentes, de ses vagabondages et de ses fugues.

C’est le cas de Ma Bohème, qui a peut-être pour point de départ la fugue d’octobre 1870. Rimbaud n’a alors que seize ans et cherche à échapper à la pesanteur et à la sclérose familiales.

Ce qu’il nomme « bohème », c’est une vie où s’allie pauvreté mais liberté, insouciance et poésie, qui peut être inspirée de certains clichés du romantisme.

Dès le titre, le possessif « ma » annonce cependant une réappropriation particulière de cet idéal.

Le sous-titre de « Fantaisie » vient quant à lui renforcer l’idée de liberté.

Le poème, pourtant, n’est pas de forme libre, puisqu’il s’agit d’un sonnet en apparence assez classique ; le poète y fait un autoportrait sans doute en partie réel, en partie rêvé, d’où l’autodérision n’est pas absente. Quelles sont les caractéristiques de la « bohème » idéale de ce tout jeune poète ? Dans les vers 1 à 5, le poète commence par se dépeindre en vagabond espiègle dévoué à la Muse, c’est-à-dire à la poésie. 3/7 Il se présente ensuite, des vers 6 à 11, en Petit-Poucet heureux de se perdre dans un espace nocturne, source d’inspiration poétique. Le dernier tercet, enfin, pose la chute parodique mais symbolique du sonnet avec l’image d’une lyre faite… de lacets de chaussures I – L’espiègle vagabond (v.

1 à 5) Le premier vers pose plusieurs thèmes essentiels à cette « bohème » idéale : un vagabondage, c’està-dire un déplacement à pied qui n’a pas de but («“ je m’en allais” »), une posture insouciante et désinvolte (« “les poings dans mes poches” »), et la pauvreté, qui s’illustre ici surtout dans l’usure des vêtements (« “mes poches crevées” »). Un enjambement interne (la césure passe entre « les poings » et « dans les poches », coupant en deux ce complément) vient immédiatement perturber avec espièglerie le rythme classique de l’alexandrin. L’autodérision apparait dès le vers 2, avec la remarque sur le « paletot », sorte de manteau, qui, comme les poches, « “devenait idéal” ».

L’humour réside dans le double sens de l’adjectif « idéal » : le paletot est tellement usé qu’il correspond à l’idéal de pauvreté de cette bohème fantasmée, mais il est aussi usé au point qu’il n’en reste plus qu’une « idée ». Le jeu sonore provoqué par les liaisons, entre « paletot » et « aussi » (le son « o » est prononcé deux fois) donne par ailleurs un aspect cocasse au vers. La reprise du verbe « j’allais » en tête du vers 3, qui fait écho au vers 1, mime l’aspect à la fois rythmé et continu de la marche. Le complément de lieu, « “sous le ciel” » (v.

3), indique à la fois pauvreté et liberté : pauvreté car il semble que le marcheur n’a pas de couvre-chef ; liberté car rien ne fait obstacle à la contemplation du ciel et au contact avec la nature. Rimbaud invoque la « Muse », divinité antique de la poésie, juste après la mention du ciel, suggérant un lien – dans la tradition romantique – de la nature et de l’inspiration. Mais cette invocation est brusque, inattendue, constituée d’un monosyllabe placé à la césure et ponctué d’un point d’exclamation.

C’est une façon espiègle de convoquer ce cliché poétique. D’ailleurs, l’espièglerie se prolonge dans le second hémistiche : « “et j’étais ton féal” ».

Ce vieux mot, choisi pour rimer avec « idéal », ne manque pas d’humour et d’inattendu lui non plus. Signifiant « fidèle », il confirme le rapport religieux du poète à sa source d’inspiration. L’exclamation «“ Oh ! là là !” », tirée du langage courant et parfaitement décalée dans l’alexandrin classique, amplifie la désinvolture du poète. Cette dernière se prolonge dans l’exclamation suivante : « “que d’amours splendides j’ai rêvées ! ”».

Rien ne semble devoir être pris trop au sérieux ici : l’adjectif « splendides », emphatique, et l’irrégularité rythmique signale l’autodérision.

Par ailleurs, ces « amours » sont « rêvées », et non réalisées.

Le participe « rêvées », lui, rime ironiquement avec « crevées » (v.

1), comme si le rêve restait irréalisable et voué à l’échec. Puis le poète achève de dépeindre l’usure de son costume en débordant sur le second quatrain : « “Mon unique culotte avait un large trou.” » Ce débordement, au mépris des règles classiques, donne un tour naïf et cocasse à cet autoportrait. Avec les termes « “culotte” » (son pantalon) et « “large trou ”» (v.

5), Rimbaud s’amuse à couler le grotesque et le trivial dans l’alexandrin classique II – Un Petit-Poucet à la belle étoile (v.

6 à 11) Le tiret qui ouvre le vers 6 signale un changement d’images : Ce n’est plus en « féal » de l’antique Muse que se présente.... »

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